Mohammedia/élections : une fuite de données personnelles circule sur les réseaux

 Au Maroc, la protection des données à caractère personnel sur Internet passe avant toute chose et est une priorité absolue quelles qu’en soient les circonstances dans l’espace et le temps. La Loi n° 09-08 relative à la protection des personnes physiques à l’égard du traitement des données à caractère personnel est définie ainsi au tout début de ses 29 pages, dans son Article premier : L’informatique est au service du citoyen et évolue dans le cadre de la coopération internationale. Elle ne doit pas porter atteinte à̀ l’identité, aux droits et aux libertés collectives ou individuelles de l’Homme. Elle ne doit pas constituer un moyen de divulguer des secrets de la vie privée des citoyens.

Malheureusement, les nouvelles technologies ne sont pas une science parfaite et celles, servant à moderniser les élections, encore moins et font craindre des erreurs ou des manipulations de données. En cette période de campagne électorale dans le Royaume, une liste (PDF) de 2185 pages d’électeurs du premier arrondissement, de la ville de Mohammedia qui en compte sept, numérotée par bureau de vote (206) avec, noms, prénoms, dates de naissance, adresses des électeurs, n° du bureau de vote, circulerait avec véhémence on va dire, sur les réseaux sociaux. Qu’est-ce à dire ? Cette liste en date du 04/08/2021 qui aurait tout de l’officiel et a sans doute fuité. La question maintenant est de savoir, quel est l’objectif de cette diffusion et surtout qu’en est-il de la protection des données à caractère personnel de ces citoyens « fédalis » qui n’ont eu d’autre tort que de s’engager patriotiquement pour leur devoir civique en s’inscrivant sur la liste électorale ?

Cette situation auquel cas est préoccupante, car au-delà de la campagne des élections, elle est à prendre avec toute le sérieux qui lui sied.  En effet, en plus d’éventuelles manipulations abusives des partis politiques en lice dans ces élections, pour mettre la pression sur les votants, il en va même de la sécurité du citoyen listé, si ce document (PDF) venait à tomber entre d’autres mains et à d’autres fins. Aussi, un rappel des grands principes à respecter en matière de protection des données à caractère personnel et des principaux points de vigilance lors de l’utilisation de ces données dans le cadre d’une campagne électorale devrait prendre tout son sens, alors que se profilent les élections dans moins d’un mois.

A vraiment, à moindre échelle et du degré de l’infiniment petit avec ce qui suit, cette histoire de liste qui se promènerait au gré des réseaux, pourrait nous faire penser à des scandales électoraux mondiaux comme en Israël ou aux Etats-Unis… En juin 2017, les données personnelles et les informations de profil sur des millions d’électeurs américains ont été exposées dans ce qui a été catégorisé comme étant « la plus grande fuite de son genre ». Au total, 198 millions d’enregistrements ont été trouvés stockés sur un Amazon S3, un service de stockage de données en ligne comprenant des informations sur tous les électeurs américains enregistrés, appartenant à Deep Root Analytics, une société républicaine d’analyse de données et qui n’avait pas été sécurisée par les administrateurs.

En Israël, le Likoud avait utilisé  le service Elector, développé par l’entreprise Feed-b, pour envoyer des messages à ses partisans et autres, en prévision des élections législatives de mars dernier. En tout, l’application possédait des données sur 6,4 millions de personnes, soit le nombre d’électeurs dans le pays. Mais une faille de sécurité a permis d’accéder à toutes leurs informations à savoir leur nom, leur numéro de carte d’identité, leur adresse, leur genre et leur numéro de téléphone, ce qui a permis à d’autres partis hébreux de ratisser large et de s’en donner à cœur joie.

Oh ! nous n’en sommes pas encore là, à Mohammedia, au regard des moyens sophistiqués dont disposent ces deux Etats, mais tout de même ! L’utilisation de nouveaux moyens de communication, et en particulier des réseaux sociaux, en période électorale impacte nécessairement la vie démocratique et politique. Dans le même temps, la généralisation du recours à ces nouveaux modes de communication renouvelle les enjeux attachés à l’utilisation des données à caractère personnel dans le domaine politique. L’histoire récente de nos élections a démontré  par quelques affaires illustrant la nécessité d’empêcher l’utilisation abusive des données lors des campagnes politiques.

Les données à caractère personnel sont sacrées et le Législateur marocain les a ainsi définies : « toute information, de quelque nature qu’elle soit et indépendamment de son support, y compris le son et l’image, concernant une personne physique identifiée ou identifiable, dénommée ci-après « personne concernée ». Est réputée identifiable une personne qui peut être identifiée, directement ou indirectement, notamment par référence à un numéro d’identification ou à un ou plusieurs éléments spécifiques de son identité physique, physiologique, génétique, psychique, économique, culturelle ou sociale ». Le Législateur marocain considère comme toute opération effectuée ou non à l’aide de procédés automatisés et appliquée à des données à caractère personnel, telles que la collecte, l’enregistrement, l’organisation, la conservation, l’adaptation ou la modification, l’extraction, la consultation, l’utilisation, la communication par transmission, diffusion ou toute autre forme de mise à disposition, le rapprochement ou l’interconnexion, ainsi que le verrouillage, l’effacement ou la destruction. Il y a là, matière à réfléchir pour les autorités de la ville de Mohammedia, qui devraient avant toute velléité politique des candidats protéger à priori le citoyen de ces dérapages.

Mohammedia/élections : une fuite de données personnelles circule sur les réseaux Hespress Français.

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