Tunisie/Covid: Le Maroc et l’Algérie apportent leur aide, mais les motivations diffèrent

Le Maroc et l’Algérie ont annoncé des aides médicales d’urgences à la Tunisie, pays voisin dont le système de santé s’st effondré face à la hausse des contaminations au coronavirus. Mais l’aide envoyée par l’Algérie ne semble pas faire face aux besoins réels du pays et semble surtout nourrir un agenda politique.

Face à la situation épidémiologique grave à laquelle la Tunisie fait face en ce moment, les deux pays voisins du Maghreb ont décidé de lui venir en aide. Une aide présentée différemment, l’une incohérente motivée uniquement par la volonté d’asseoir une mainmise géostratégique historique sur la Tunisie et l’autre qui répond réellement à un élan de solidarité.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la Tunisie a le taux de mortalité lié au Covid-19 « le plus élevé » de la région. Le 8 juillet, le porte-parole du ministère tunisien de la Santé avait annoncé officiellement de « l’effondrement » du système de santé de son pays, en appelant à l’aide de la diaspora tunisienne.

Alors que le pays ne comptait qu’une cinquantaine de morts de mars à août 2020, aujourd’hui ils sont plus de 16.000, avec des records de de décès quotidiens enregistrés ces derniers jours, frôlant la barre des 200 morts.

Face à la situation, le Maroc qui fait également face à une augmentation des contaminations a décidé de prendre les choses en main en envoyant une aide médicale d’urgence suite à « l’aggravation de la situation épidémiologique en Tunisie (…) pays maghrébin frère », a indiqué le Ministère marocain des Affaires Etrangères dans un communiqué mardi soir. Le Maroc s’est illustré par sa solidarité ces derniers mois en apportant son soutien au Liban par deux fois, à la Palestine et à d’autres pays du continent africain pendant la crise sanitaire.

Le ministère marocain des Affaires Etrangères a annoncé que les aides marocaines ont été décidées sur Hautes instructions du Roi Mohammed VI. Et il s’agit de l’envoi de « deux unités de réanimation complètes et autonomes, dotées d’une capacité totale de 100 lits » ainsi que pas moins de 100 respirateurs et deux générateurs d’oxygène d’une capacité de 33 m3/heure chacun » qui permettront de soulager les hôpitaux tunisiens et sauver des vies.

Dans ce cadre, 3 avions militaires transportant chacun 13,5 tonnes d’aides médicales ont décollé, ce jeudi 15 juillet, de la 3ème base aérienne des Forces Royales Air de Kénitra, à destination de la Tunisie pour acheminer cette aide.

Le même jour de l’annonce marocaine, le président Algérien Abdelmadjid Tebboune avait eu une conversation téléphonique avec son homologue tunisien Kais Saied et ont conclu l’envoi d’aides médicales dont la nature et le nombre n’a pas été révélé et un lot de 250.000 doses de vaccin anti-Covid. L’annonce de cette aide a été faite du côté Tunisien.

Depuis, l’information a été hypermédiatisée en Algérie, et les titres selon lesquels l’Algérie vient au secours de la Tunisie ont fait la Une des journaux. Pourtant, l’Algérie elle-même fait face à une situation au bord de la limite du chaos sanitaire et manque cruellement de doses de vaccins. Ce don de vaccins semble également inapproprié étant donné que la Tunisie a besoin d’aides médicales pour faire face à la multiplication des décès et au manque d’oxygène.

Par ailleurs que le pays a décidé d’envoyer 100.000 m3 d’oxygène le 10 juillet, ses hôpitaux eux en manquent de l’aveu même des spécialistes et des scientifiques qui expriment leur grande inquiétudes quotidiennement dans les tribunes des médias algériens pro-régime.

« Un don d’oxygène aux allures philanthropiques, mais qui s’inscrit plus certainement dans +un agenda politique+ », a indiqué le site larevuedepressedz en citant les commentaires d’observateurs qui rappellent que plusieurs structures de Santé en Algérie manquent cruellement d’oxygène.

Début juillet, les médecins algériens dans les réanimations des hôpitaux publics lançaient des alertes sur la détérioration des conditions dans les hôpitaux. Débordés, submergés par les patients covid en situation critique, les médecins se sont vu obligés de refuser des patients car les places en sont plus disponibles.

Les services de réanimation dans les hôpitaux publics dans certaines régions de l’Algérie croulent sous les malades présentant des formes graves du coronavirus, si bien que les couloirs sont pleins de patients. Et malgré tout, le président algérien Abdelmadjid Tebboune (qui s’est fait soigner du covid en Allemagne pendant 3 mois, ndlr) a continué à mentir aux Algériens en affirmant que la situation était « sous contrôle ».

Début juillet, le médecin, la cheffe de Service covid-19 au CHU de Douira, Dr Djamila Nait Yahia, déclarait à propos d’une éventuelle nouvelle vague du coronavirus « on est plein dedans et nous sommes mal préparés, il faut le savoir » ajoutant que les hôpitaux manquent de bases pour combattre les formes graves du virus.

« L’essentiel n’y est pas », avait-t-elle déclaré en faisant référence aux respirateurs, aux lits de réanimations, de l’oxygène et en insistant sur le besoin en respirateurs. « Nous perdons des malades » faute d’oxygène, a-t-elle affirmé en réponse à la question de savoir si des patients mouraient à cause du manque d’oxygène dans le pays.

« Un malade qui court tout Alger pour trouver une place en réanimation c’est un malade qu’on a perdu », et de préciser qu’il ne s’agit pas de décès suite à des hospitalisations mais des décès « parce qu’on a pas pu les hospitaliser ». « Nous comptons 40 à 50 hospitalisations refusées car les places manquent.

Mardi, dans une interview à l’agence française de presse et au même moment où l’annonce des aides en oxygène à destination de la Tunisie étaient annoncées à Tunis, Mohamed Yousfi, chef d’un service d’infectiologie à Boufarik, près d’Alger, dénonçait l’Etat « absent » face à la situation dans son pays.

« Les gens s’en foutent et l’Etat est absent », s’est-il plaint et le résultat c’est que ce sont les soignants qui en paient le prix fort. Au niveau de l’hôpital de Blida, qui possède le seul service de réanimation de la région, « nous n’arrivons pas à trouver de places. Il faut malheureusement attendre des décès pour récupérer des lits pour des malades. C’est malheureux d’en arriver là », a-t-il déclaré.

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