Forsa: Allégations de promesses non tenues, une responsable réagit

Dans une affaire qui secoue la scène entrepreneuriale marocaine, des témoignages accablants émergent du programme Forsa, censé promouvoir l’entrepreneuriat et créer des emplois en accompagnant plus de 10.000 porteurs de projets lors de sa première édition lancée en 2022. Malheureusement, pour certains candidats, l’expérience s’est transformée en un véritable calvaire.

Plusieurs candidats qui se sont confiés à Hespress Fr ont partagé leur expérience depuis le début de leur inscription sur le site. « Tout se passait bien au début. Des évaluateurs nous ont contactés, affirmant qu’ils étaient responsables du projet Forsa et qu’ils nous accompagneraient jusqu’à l’étape du financement. On nous demandait constamment des documents, et le processus était épuisant….Obtenir un simple papier relevait du défi« , nous confie l’un des candidats au programme Forsa.

Le problème majeur survient à l’étape du financement. Les candidats, pensant avoir été retenus dans le programme suite à l’affirmation des accompagnateurs du programme, se voient imposer la création d’une forme juridique. Pour ceux qui n’avaient pas la possibilité de le faire, cela signifiait s’inscrire en tant qu’auto-entrepreneur, créer une société ou une coopérative. Une contrainte qui a poussé de nombreux candidats à contracter des crédits et à s’endetter.

Pire encore, on a exigé des candidats, qui se comptent par centaine, qu’ils louent des locaux, une condition qui a pris beaucoup d’entre eux au dépourvu. « Certains ont déjà commencé leurs projets, investissant du temps et de l’argent en croyant fermement que leur dossier avait été accepté pour le financement final, selon les affirmations des accompagnateurs« , déclare le témoin.

Le point culminant du désarroi survient lorsque, après avoir franchi toutes les étapes, les candidats sont informés abruptement que le programme a atteint le nombre de candidats requis, ce qui a soulevé plusieurs questions troublantes chez les candidats impactés, à savoir : comment l’objectif a-t-il été atteint ? Pourquoi les candidats ont-ils été informés que leurs dossiers étaient acceptés, les obligeant ainsi à prendre des engagements financiers substantiels ?

Certains entrepreneurs, se sentant floués, ont contacté des incubateurs dans différentes régions du Royaume, pour découvrir que l’objectif annoncé n’avait pas encore été atteint. Face à ces révélations, des interrogations légitimes émergent notamment pourquoi les candidats ont-ils été induits en erreur quant à l’acceptation de leurs dossiers, les conduisant ainsi à des dépenses inutiles ?

Forsa réagit aux allégations

Invité à s’expliquer à ce sujet par Hespress Fr, le programme Forsa, à travers la directrice de l’Unité de Gestion, Oumaima Kebbaj, a tout d’abord précisé un point important, à savoir que Forsa est un programme gouvernemental qui a été lancé en avril 2022 dans un contexte post-Covid pour encourager les jeunes à entreprendre et devenir autonomes financièrement, notant que le programme comprend deux volets : accompagnement et financement.

« Forsa avait un objectif initial de financer 10.000 porteurs de projets par édition. Cette année, nous avons souhaité accompagner un maximum de porteurs de projets pour répondre à l’engouement suscité auprès des jeunes (plus de 300.000 candidatures entre les deux éditions) et ce dans la limite de l’enveloppe budgétaire allouée. C’est pourquoi, en 2023, nous avons intégré 1.200 porteurs de projets supplémentaires, qui ont signé leur contrat et sont en cours de financement« , explique la responsable.

En somme, la directrice de l’Unité de Gestion du programme Forsa affirme que le programme a pu, en deux années, tenir ses engagements et même dépasser les objectifs tracés en finançant 21.200 porteurs de projets qui ont satisfait toutes les étapes du processus Forsa et signé leur contrat : Présélection, Formation, Accompagnement, Passage en comité de financement, Validation budgétaire, Validation du dossier physique auprès des institutions financières, Signature du contrat.

En outre, la responsable a tenu à clarifier plusieurs points.

« Tout d’abord, le programme n’a jamais demandé à des porteurs de projets d’avoir des employés. Cependant, il est important de s’assurer du potentiel de développement du projet parce que la finalité c’est que le projet financé puisse créer des emplois à terme« , a-t-elle expliqué.

En ce qui concerne la création de la forme juridique, la responsable affirme que « c’est la suite naturelle pour un projet en cours de création et développement et ceci, indépendamment du financement« .

« Le porteur de projet détenait toutes les cartes en main et pouvait sélectionner lui-même la forme juridique qui convenait à son projet, notamment le statut d’auto-entrepreneur qui est créé en s’inscrivant au registre de l’autoentrepreneur sans frais. D’ailleurs, plus de 70% des candidats sont des autoentrepreneurs« , a-t-elle ajouté.

Aussi, la responsable affirme que « louer un magasin n’a jamais été un impératif pour bénéficier du financement« .

« Ce que nous demandions, c’est un justificatif de disponibilité d’un local, uniquement pour les activités qui en nécessitent un. Cela pouvait être une attestation de propriété si le porteur de projet était propriétaire ou une simple promesse de bail, pour certains projets, en fonction du besoin de financement exprimé : les évaluateurs avaient besoin d’une visibilité sur l’avenir du projet et ceci pour s’assurer de la réussite des projets financés« , a-t-elle expliqué.

Et d’ajouter : « Nous sommes conscients de la présence de documents internes circulant parmi les porteurs de projets. Nous profitons de cette occasion pour rappeler que le fait de disposer de tels documents ne donne pas le droit systématiquement à un financement. Les porteurs de projets ayant eu un avis favorable et ayant signé leur contrat sont les seuls bénéficiaires du financement de la part du programme« .

Cela étant, la directrice de l’Unité de Gestion du programme Forsa assure « comprendre la frustration des porteurs de projets n’ayant pas pu bénéficier du financement ». « Nous aurions souhaité financer davantage de projets si l’enveloppe budgétaire le permettait« , dit-elle.

Et de conclure : « Cet engouement témoigne de l’attractivité du dispositif mis en place auprès des jeunes porteurs de projet. On compte d’ailleurs plus de 54.000 personnes entre les deux éditions qui ont été formées et accompagnées et qui disposent aujourd’hui de connaissances solides pour entamer leur aventure entrepreneuriale et postuler à d’autres programmes et initiatives publiques et privées« .

Cela dit, les témoignages des « victimes » du programme Forsa restent poignants, autant que le discours des responsables de Forsa cohérent. Le problème résiderait, peut être, dans la communication accompagnant ce processus, et la clarté du message fait à ces jeunes candidats, emportés par « l’effet d’annonce » et l’ambition de se lancer dans un projet qui leur permettra de sortir de la précarité.

Forsa: Allégations de promesses non tenues, une responsable réagit Hespress Français – Actualités du Maroc.

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