Le lourd fardeau du VIH chez les femmes au Maroc – Témoignage –

A l’occasion de la journée mondiale de la lutte contre le sida, le 1er décembre, le débat sur le VIH reprend le devant de la scène. Jugée par les experts comme étant une forme de «violence sexuelle », cette maladie pèse lourdement sur les épaules des contaminés, encore plus, lorsque l’affaire concerne les femmes.

Mariée depuis 5 ans, Leila, jeune femme marocaine a accepté de nous confier sa souffrance. « Je n’ai jamais su que mon plus grand bonheur va se transformer en un malheur inévitable. Je menais une vie paisible avec mon mari, le jour où j’ai découvert que je suis enceinte, j’étais très heureuse. Après neuf mois d’attente, d’espoir et d’amour, mon bébé vient enfin pour illuminer ma vie« , nous relate la jeune maman.

Les larmes aux yeux, Leila poursuit que son nouveau-né tombe souvent malade et le médecin lui a proposé de faire un dépistage VIH et à sa grande surprise, Leila est contaminée. Comment, quand et pourquoi, personne ne peut le savoir. « C’était le déclencheur du malheur dans ma vie et le point où tout s’est effondré : ma relation conjugale, ma profession, ma famille, j’ai tout perdu », déplore la jeune femme qui essaye de garder espoir, malgré le regard accablant de l’autre.

Le cas de Leila réfère à plusieurs autres au Maroc. Les femmes séropositives subissent à la fois les traits d’inégalité et de discrimination en comparaison avec leurs homologues de sexe masculin. Au Maroc, la pandémie a gravement impacté les segments de population vulnérables, principalement constitués de femmes défavorisées, au point d’évoquer un processus de féminisation de la maladie.

Les diverses représentations de cette maladie sont chargées de connotations et ont des répercussions morales significatives, expliquant les attitudes de rejet et de stigmatisation envers les personnes malades. En raison de son lien avec des comportements liés à la sexualité, le VIH/sida est souvent perçu comme le résultat d’une transgression des normes sociales et religieuses. Les personnes atteintes sont considérées comme des coupables devant assumer les conséquences de leurs comportements jugés déviants, tels que la prostitution, l’homosexualité,…

Approchée par Hespress Fr, Boutaina Drissi Alami Machichi. Responsable du Suivi & Evaluation dans l’Organisation panafricaine de lutte contre le Sida (OPALS) nous a dévoilé que cette problématique est toujours tabou et reste derrière les portes.

« Les chiffres émanant du rapport du haut-commissariat au plan (HCP) pour célébrer les 30 ans après la conférence du Caire CIPD de 1994, révèlent que 56 % des femmes qui sont âgées de 18 à 64 ans en 2019 ont été victimes d’une violence, toutes formes confondues. D’une violence psychique, économique, ou bien évidemment sexuelle, les types différent mais l’impact est le même », ajoute la spécialiste.

Il s’agit d’un champ très large, diversifié et la compréhension est très variable en fonction du contexte culturel, de la société elle- même, et surtout en du système juridique du pays, « par exemple. Si on va dire que j’ai été victime d’un voyeurisme, est-ce qu’on va me prendre au sérieux ? Est-ce qu’on va la considérer comme une forme de violence ? », se questionne notre intervenante.

En nous donnant plus de détails sur la violence sexuelle, l’experte partage avec nous un exemple très significatif « plus de 70% des femmes séropositives au VIH ont été contaminées dans un cadre conjugal. C’est une femme qui a un conjoint, dans une relation stable et du jour au lendemain, dans les meilleurs des cas, si elle a eu le réflexe d’aller se faire dépister ou pour une raison ou une autre, elle va se faire dépister et elle se trouve infectée par le VIH ».

Et d’ajouter : « Elle n’a jamais été mise dans une situation à risque. Pour elle, elle est en confiance, elle est dans un couple, donc c’est le dernier souci de pouvoir penser à être contaminée ou bien à faire un test du VIH ».

Le grand malheur, c’est que, dans la majorité des cas, cette infection n’est perçue qu’après un accouchement. « C’est- à- dire c’est le fait d’avoir un bébé malade tout le temps. Et puis, les médecins pensent à faire un VIH et en faisant le test chez le nouveau-né, on va remonter chez la maman et après, on va déduire que c’est le conjoint qui a contaminé cette maman », nous explique notre interlocutrice.

De plus, « je crois qu’il s’agit du summum de la violence sexuelle qui peut paraître vraiment très loin d’en être. C’est une femme qui devra prendre des traitements à vie pour quelque chose qu’elle n’a pas fait, qu’elle n’a pas voulu. C’est une maman qui risque d’avoir un bébé infecté si elle ne se dépiste pas », insiste l’experte.

Face au regard méprisant de la société, cette femme, souvent mère, se trouve accablée par ces jugements. Une autre forme de violence sexuelle qui se traite en cachette au Maroc est «l’incapacité d’avoir une relation sexuelle protégée au sein d’un couple. Combien de femmes peuvent dire non à leur mari ? », s’interroge la sexologue. Et en conséquence, elles subissent toutes les retombées sexuelles non protégées, depuis l’infection simple IST jusqu’au VIH, en passant par les grossesses non désirées.

En répondant à notre question sur les moyens de prévention, la spécialiste se contente de dire un seul et unique mot : l’éducation. Dans le détail, nous déclare-t-elle, au « Maroc, les familles éduquent la fille pour qu’elle soit forte, pour qu’elle dise non et pour qu’elle fasse attention à son corps, mais aussi ce petit garçon qui sera le futur papa, le futur homme, doit à son tour être éduqué à respecter le corps de l’autre, le corps de la femme et à pouvoir respecter les droits ».

Et pour ce faire, conclut la spécialiste, « l’information est le mot maître de la situation. Donc, c’est en éduquant nos petits garçons et filles, en renforçant leurs connaissances, depuis l’anatomie jusqu’à la sexualité, en passant par les droits, c’est ainsi qu’on pourra éviter de graves conséquences ».

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