Israël : Fin de règne pour Netanyahu qui d’emblée fait de la résistance

Benjamin Netanyahu bientôt 72 ans, Premier ministre sortant d’Israël ou évincé du pouvoir après 15 ans à la tête de l’exécutif dont douze en continu (record de longévité au pouvoir, celui de David Ben Gourion, le fondateur de l’État, largement dépassé), a ignoré la photo traditionnelle de la passation de pouvoir avec son successeur et a dit au bloc de l’opposition qu’il renversera le nouveau gouvernement sur la base de « fraude, haine et recherche de pouvoir ».  

En attendant, il devra s’habituer à siéger à la Knesset sur les bancs de l’opposition tout en suivant, en présentiel ou dans le cabinet de ses avocats, le déroulement de son procès. Ce lundi donc, le déjà ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu, a donné à son remplaçant, le Premier ministre Naftali Bennett, moins d’une heure – selon certains médias, juste une demi-heure – pour leur passation des pouvoirs, avant de déclarer publiquement qu’il renverserait rapidement le nouveau gouvernement. Ce changement de statut n’est pas entièrement nouveau pour lui. Jugeons-en !

Benyamin Netanyahou après avoir gouverné en tant que Premier ministre d’Israël en 1996 grâce à la droite nationaliste et religieuse qui l’a porté au pouvoir pour s’opposer par tous les moyens aux accords d’Oslo signés en 1993, tombera en disgrâce quand il manquera à la parole donnée, sous la pression du président Bill Clinton (il avait serré la main de Yasser Arafat, mais surtout a signé divers retraits israéliens de Cisjordanie et notamment celui de 80 % de la ville d’Hébron). Ce crime de lèse-majesté, la droite va le lui faire payer. Il perdra le scrutin de 1999, des élections anticipées gagnées par Ehud Barak devenu entre-temps le président du parti travailliste. Benjamin Netanyahu se met alors aux oubliettes pour se refaire une santé politique.

Après avoir consommé les portefeuilles des Affaires étrangères et des Finances entre 2002 et 2005 il démissionne pour protester contre le retrait israélien de la bande de Gaza et retrouve les faveurs d’une partie de la droite. Lorsqu’Ariel Sharon quitte le Likoud pour fonder le parti centriste Kadima, c’est la voie royale pour Netanyahu qui gagne alors la présidence du Likoud. En 2009, après des élections législatives au score très serré entre Kadima et le Likoud, il retrouve son fauteuil de Premier ministre. Il ne quittera plus le pouvoir 12 ans durant jusqu’à hier, même lorsque les sondages le donnaient perdant face comme en 2015 face au candidat travailliste. Son parti d’un score exceptionnel, le sauvera. Il devient alors le « roi Bibi ».

En matière de politique étrangère, il fera tout et ira jusqu’à affronter le président américain Obama en faisant capoté les négociations menées par John Kerry, alors secrétaire d’Etat, d’une solution au conflit avec les Palestiniens, mais également sur la question iranienne. C’est que chez l’Oncle Sam,  les amis républicains veillent au grain. Avec l’arrivée de Donald Trump son « meilleur ami » il obtiendra tout, de la reconnaissance la reconnaissance de la souveraineté israélienne sur le Golan au transfert de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Al-Qods et, bien sûr, le désengagement américain de l’accord international sur le nucléaire iranien. Enfin, il décrochera le Graal, avec les accords Abraham de normalisation avec les Emirats arabes unis, le Bahreïn, le Maroc et, le Soudan. Pour Benyamin Netanyahou, c’est la preuve qu’on peut signer des traités avec le monde arabe – ce qu’il appelle, lui, des accords de paix – sans faire de concessions aux Palestiniens.

La décadence de Netanyahu débutera avec sa mise en examen en décembre 2019, pour corruption, fraude et abus de confiance. Conjuguée à une politique intérieur pour le moins contestée, depuis deux ans les manifestions sous sa fenêtre n’ont pas baissé d’un cran. Au niveau du Likoud,  où il se croit seul maître à bord, le fait d’éliminer tous ses rivaux potentiels au sein de son propre parti, tout en se coupant de ses alliés nationalistes religieux, lui en coûteront. Résultat : de septembre 2019 à mars 2021, les Israéliens iront par quatre fois tâter de l’urne, du jamais vu en Israël. Lors de cette période il réussira à convaincra Benny Gantz, de former un cabinet d’urgence nationale dans un gouvernement de rotation avant de le poignarder dans le dos 8 mois après.

Il s’en suivra cette quatrième consultation qui a vu certes une nouvelle victoire du Likoud – 30 mandats – sans pour autant permettre à Benyamin Netanyahou de former une coalition majoritaire. Il est évincé, mais qu’on se le dise ! d’une seule voix.

Netanyahu reste malgré l’accroc, un monstre de la politique israélienne. Et maintenant qu’il est de l’autre côté, parions qu’il tentera tout pour mettre un terme à ce qu’il appelle la « plus grande fraude électorale de l’histoire du pays » histoire de reprendre « son dû » au nouveau gouvernement dit du changement.

Un nouvel exécutif qui un jour après avoir gagné la confiance de la Knesset et prêté serment, lundi a vu les ministres du gouvernement nouvellement confirmé prendre leurs fonctions dans divers ministères, où certains ont eu droit à des cérémonies de passation de pouvoir par leurs prédécesseurs et d’autres non. Pour la Primature, le transfert formel du pouvoir s’est terminé sans la cérémonie traditionnelle et les vœux publics, sans poignée de main et sans séance de photos, une indication de l’animosité que Netanyahu nourrit envers Bennett, son propre ancien chef de cabinet.

Netanyahu ayant même prévu à l’avance une réunion politique avec les chefs des partis d’opposition peu de temps après son entretien avec Bennett. On le voit donc, d’entrée de jeu Bibi fait de la résistance et les paris en Israël sont déjà ouverts.

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