Sahara: Lecture dans le rapport d’Antonio Guterres

Sans surprise, dans son rapport avancé au Conseil de sécurité sur la situation au Sahara, rendu public en ce début de semaine, le secrétaire général des Nations unies  (ONU) Antonio Guterres a mis en évidence l’absence de coopération de la part du polisario.

Le rapport annuel sur la situation au Sahara d’Antonio Guterres note en outre que les «hostilités» entre le Maroc et le polisario ont «baissé d’intensité» entre novembre 2021 et fin août 2022 », indiquant que «la plupart des quelques hostilités, signalées à la MINURSO, étaient concentrées dans le nord du territoire, près de Mahbès ». Il souligne, de même, que les séparatistes entravaient les déplacements de la Minurso, menaçant même sa présence à l’est du mur de défense des Forces Armées Royales (FAR).

Le document, présenté au Conseil de sécurité, sera examiné à huis-clos lors des trois prochaines réunions de l’instance exécutive qui débuteront dès la semaine prochaine. Quoiqu’il n’y ait pas de nouveauté dans le rapport et que le statuquo soit de rigueur, d’aucuns des spécialistes de la question estiment que le rapport est mitigé car ne reflétant pas la réalité du terrain.

En effet, à la lecture de cette copie qui probablement s’inspire du rapport de Staffan de Mistura force est de constater qu’on a voulu épargner le polisario et son parrain l’Algérie en ne mentionnant pas ou prou leurs positions quant aux résolutions onusiennes, et notamment la dernière qui stipulait en recommandation la poursuite du processus des tables rondes que les séparatistes de Tindouf, qui ont déclaré unilatéralement la rupture du cessez-le-feu conclu en 1991 et que leur sponsor d’Alger, ont refusé de reconduire.

La Minurso a par ailleurs pris note des informations faisant état de frappes aériennes menées par des drones marocains à l’est du Mur dans le contexte stratégique d’établissement par les FAR d’une zone d’exclusion terrestre et aérienne (no-go zone), mais n’a pas pour autant responsabiliser le polisario.

« La MINURSO n’a pas été en mesure de confirmer de manière indépendante le nombre et le lieu des tirs signalés, leur l’impact est resté l’objet de revendications divergentes », peut-on lire.

Hespress Fr a joint Mohamed Taleb, membre du Conseil royal consultatif pour les affaires sahariennes (CORCAS), un spécialiste en la question. «Le rapport met sur un pied d’égalité le Maroc et le polisario demandant d’arrêter les hostilités alors que ce sont les séparatistes qui ont violé le cessez-le-feu et qui avec l’Algérie se sont retirés du processus des tables rondes et des accords de paix », avance-t-il de prime abord.

Pour Mohamed Taleb, c’est quelque peu paradoxal car on n’a pas appelé les choses par leur nom. « A mon sens le rapport de Guterres aurait dû responsabiliser le polisario. Ce sont pourtant les séparatistes qui sont arrivés à plus de 660 communiqués de guerre. Aussi parler d’arrêter les hostilités alors que le Maroc s’est conformé aux exigences des résolutions du Conseil de sécurité c’est un non-sens », estime-t-il.

Et de poursuivre: « La responsabilité n’en incombe qu’au polisario et son parrain l’Algérie qui veut à tout prix se défaire de ce conflit alors qu’elle en est l’initiatrice. Ce sont tout de même des réalités à prendre en considération ».

Poussant ses remarques à la logique, le membre du CORCAS note que sur le terrain, «au contraire des séparatistes, c’est le Maroc qui coordonne et coopère et s’entraide avec la Minurso qui dans sa mission constate l’absence d’hostilités de la part du Royaume, donc il n’y a pas lieu de mentionner les hostilités de part et d’autres. Le Maroc est sur la défensive et le rapport devait prendre note des agissements du polisario qui est sorti des accords de paix ».

Dans sa copie, le SG de l’ONU a réitéré son appel à « toutes les parties concernées par le conflit à s’engager dans la reprise des négociations ». « Malgré ce contexte difficile, je reste convaincu qu’une solution politique à la question est possible, à condition que tous les intéressés s’engagent de bonne foi« , souligne-t-il.

Le Maroc et le Front séparatiste n’ont donc pas été cités exclusivement: « L’ONU reste disponible pour convoquer tous ceux qui sont concernés par la question du Sahara occidental à la recherche d’une solution pacifique, une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable », assure Guterres.

Mais pour nombre d’observateurs, le rapport est loin d’être en phase avec la réalité du terrain. Pour ce faire on devra attendre la semaine prochaine et le rapport de De Mistura dont s’est inspiré Guterres pour en savoir un peu plus. Le feuilleton devrait s’étaler de ses vérités et contre-vérités tout au long du mois d’octobre sans grand espoir de changement dans le statuquo de la situation.

Sahara: Lecture dans le rapport d’Antonio Guterres Hespress Français.

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