Stress hydrique : mesures de restrictions de l’eau en perspectives

Déjà bien en deçà du seuil de pénurie d’eau avec au mieux 600 mètres cubes d’eau par an et par habitant (la moyenne mondiale est de 1 700 mètres cubes, selon l’OMS), le Maroc subit depuis plus d’un an, les aléas du climat avec une sécheresse qui dépasse celle vécue il y a de cela une quarantaine d’années.

Les chiffres officiels de la tutelle reflètent la baisse significative d’eau du Maroc au cours des cinq dernières décennies. En 1962, le volume d’eau s’élevait à 48 milliards de mètres cubes, alors qu’en 2022 il ne dépasse pas les deux milliards de mètres cubes. Selon un rapport de la Banque mondiale sur l’économie marocaine, publié en juillet, la diminution de la disponibilité des ressources en eau renouvelables, place le pays dans une situation de « stress hydrique structurel ». En d’autres termes, c’est une situation de stress hydrique aigu que traverse actuellement le Royaume en raison de la faiblesse des précipitations ayant entraîné un repli inquiétant du taux de remplissage des barrages.

En effet, la réserve moyenne nationale de ces derniers est au-dessous des 25 % (24,6 % au 28 septembre) et les autorités s’apprêteraient à prendre un ensemble de nouvelles mesures pour économiser l’eau potable « restante » et éviter de la gaspiller. Ce déficit historique n’occultera en rien la réalité de l’assèchement de certains barrages comme c’est le cas des barrages Mohammed V sur la Moulouya, avec un taux de remplissage de 0,4 % au 28/09/22 (25,4 % une année auparavant). Al Massira (2,8 % pour 9,8 % en 2021) n’est pas en reste, ou encore Abdelmoumen (1,7 % pour 9,4 % en 2021).

Par ailleurs, ils sont au moins une dizaine à être sous la barre des 10 % si l’on se fie aux données quotidiennes du ministère de l’Equipement et de l’Eau sur la situation des barrages du Maroc. D’autres sont complètement taris à l’image du plus grand barrage la province d’Assa-Zag, Touizgui Remz qui affichait pourtant en décembre un taux de remplissage de plus de 70 %.

Voilà donc la situation des bassins hydrauliques et si l’on y ajoute, celles des nappes phréatiques du Royaume (baisse annuelle moyenne de 3 mètres), du côté des ressources souterraines, ce n’est pas du joli. En effet, la majorité des nappes d’eau souterraines connaissent des problèmes de surexploitation. Les bilans établis par la tutelle pour les principales nappes montrent que le volume d’eau souterraine prélevée en année moyenne (5 milliards de m³) dépasse les ressources exploitables, soit une surexploitation de l’ordre de 1,1 milliard de m³ par an. Aussi face à cette situation d’urgence, on s’en doute, la gestion des ressources hydriques figure forcément en tête des priorités des autorités publiques en ce moment.

Aussi, on peut s’attendre même à ce que les autorités en plus des mesures déjà en rigueur en appellent bientôt au rationnement d’eau et à l’intention de la distribuer à des heures précises dans les grandes villes. Une pratique qui dans certaines régions du Royaume est déjà d’usage. Nizar Baraka, ministre de l’Equipement et de l’Eau, qui n’a de cesse de tirer la sonnette d’alarme sur les répercussions négatives de la saison sèche a récemment déclaré, devant une commission de la Chambre des représentants, que « la sécheresse que nous connaissons actuellement a affecté l’approvisionnement en eau potable dans le domaine urbain, contrairement aux sécheresses passées qui ont eu un impact sur l’approvisionnement de l’eau potable dans le monde rural et les activités agricoles ».

L’état d’urgence de l’eau, dans lequel le Royaume se trouve depuis plus de deux mois, a réduit le débit d’eau dans un certain nombre de villes du Royaume, dont la dernière est la ville de Zagora dans le sud du pays.

Les habitants des villes et de certaines régions marocaines vont devoir s’adapter à cette nouvelle situation comme c’est déjà le cas dans les Doukkalas et Abdas… Il apparaît donc que les mesures prises pourraient être renforcées prochainement. Elles devraient inclure le rationnement de l’eau dans de nouvelles zones. Durant l’été, le ministère de l’Intérieur marocain avait diffusé une circulaire à l’intention de ses services et des Conseils communaux, appelant à réduire le débit d’eau distribuée et à empêcher l’arrosage des espaces verts et des terrains de golf avec de l’eau traditionnelle (eau potable, eau de surface ou souterraine). La note soulignait la nécessité d’empêcher le lavage des rues et des lieux publics avec de l’eau potable, ainsi que la prévention de l’extraction illégale d’eau des puits, des sources, des voies navigables et des canaux de transport d’eau.

Une étude présentée par Moulay Idriss El Hasnaoui, chargé de mission auprès du Directeur de la Recherche et de la Planification de l’Eau, envisage même, une cessation de la distribution. Les Marocains doivent s’adapter au manque d’eau potable, car selon le document l’approvisionnement en eau potable dans la situation actuelle devrait diminuer d’année en année jusqu’à épuisement. Hasnaoui a souligné « qu’il faut être conscient que les ressources en eau du Maroc sont modestes et qu’il faut s’attendre à des perturbations ».

Moulay Idriss El Hasnaoui a en outre, déclaré que « les plans de gestion de l’eau au Maroc sont passés d’une gestion d’abondance, avant 1970, à une gestion de rareté à partir de 1990, puis à la gestion des pénuries actuellement. Par ailleurs a-t-il conclu, « Sur le plan culturel, une transition s’est opérée dans le traitement de l’eau de la gestion traditionnelle à la gestion moderne. Sur le plan technique, on est passé de la mesure selon le besoin à la mesure selon la demande. Quant au nouveau mode de gestion de l’eau, sur le plan économique, il est passé de la mesure gratuite à celle de l’évaluation ».

Stress hydrique : mesures de restrictions de l’eau en perspectives Hespress Français.

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