Feux de forêt : Importants dégâts environnementaux et sociaux, une loi de solidarité incomplète

En près de deux semaines, six feux ont ravagé plus de 10.300 hectares de forêts au nord du Maroc. Un record dans l’histoire des incendies forestiers du Royaume. Jamais le pays n’avait assisté à une telle densité des incendies et un tel massacre biologique, et aussi social, qui n’a épargné personne sur son chemin. 

Forêts, champs agricoles et maisons sont partis en fumée dans plusieurs provinces septentrionales du Maroc, notamment Larache, Ouezzane, Chefchaouen et Tétouan, en le laps d’une semaine. Malgré la maîtrise totale de l’incendie par les sapeurs-pompiers, les autorités et la communauté locale, qui ont fait un travail remarquable, les dégâts sont colossaux, tant au niveau environnemental que social.

Sur le plan environnemental, les dégâts sont de taille. Des plantations agricoles, notamment d’arboriculture fruitière, des terres boisées plantées de pins, des ruches ont été ravagées par le feu.

Devant la Chambre des représentants, le ministre de l’Agriculture, Mohamed Sadiki, a indiqué que « la surface du massif forestier qui était menacée d’être totalement incendiée frisait les 123.000 hectares ». Un chiffre énorme si l’on compare avec la période allant de janvier à septembre 2021 (9 mois), où 2.782 hectares de forêts avaient été ravagés par 285 incendies. Là, il s’agit de 6 incendies qui ont ravagé en une semaine pas moins de 10.000 hectares.

Le dérèglement climatique se manifeste donc au Maroc et avec force. La période d’incendie qu’a connue le Royaume cette dernière semaine a été marquée par une vague de chaleur sans précédent et une canicule insupportable, appuyées par la période de sécheresse que traverse le pays et un vent violent. Et ce n’est que le début d’une longue série de catastrophes naturelles à en croire les scientifiques qui ont tant alerté sur les effets du changement climatique.

Mais si la nature a joué un rôle dans la propagation des feux, la cause des incendies est malheureusement « humaine », comme précisé à Hespress Fr Fouad Assali, Chef du Centre national de gestion des risques climatiques forestiers. Selon des sources médiatiques, l’enquête mener par les autorités compétentes pour élucider les tenants de ses incendies a mené à l’arrestation d’un individu à la province de Larache qui aurait admis avoir brûlé quelques ordures, avant que le vent n’emporte les flammes et les propage sans avoir pu cerner le feu.

Venons en au plan social. Toujours selon le ministre de l’Agriculture, les flammes dans la province de Larache, où le feu a ravagé par moins de 8.000 hectares de couvert végétal, « ont failli dévaster des habitations où logeaient plus de 5.200 familles, sans oublier les 35 douars qui étaient à portée des feux ».

Ainsi, des milliers d’habitants des douars avoisinant les forêts et terres touchées par le feu ont dû quitter à la hâte et en plaine détresse, leurs maisons pour sauver leur peau et celles de leurs enfants. Et pourtant, le Maroc déplore des décès.

Une loi illogique et pleine de failles

Comment aider ces familles évacuées par la force de la nature de chez elles, laissant derrière elles leurs terres, leurs maisons, leur vie. Pour ce faire, le Chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, a présidé le 22 juillet, en application des hautes directives royales, la cérémonie de signature d’une convention-cadre pour la mise en œuvre d’une série de mesures urgentes.

Ces mesures, dont le coût de mise en oeuvre s’élève à 290 millions de dirhams, visent à atténuer l’impact des récents incendies sur l’activité agricole et les forêts, et à apporter un soutien aux populations locales touchées.

Cela dit, et en 2016, le gouvernement avait approuvé un projet de loi de création d’un Fonds de solidarité contre les évènements catastrophiques, devenu opérationnel depuis le 1er janvier 2020. Cela a donné suite aux prélèvements de contributions auprès des citoyens pour financer ce fonds, par le biais de taxe supplémentaire sur les véhicules et moto depuis 2019.

Pourquoi ce fonds n’a pas servi à la mise en oeuvre de ces mesures urgentes signées par le Chef du gouvernement et à l’indemnisation des citoyens touchés par les incendies ? Selon les informations obtenues par Hespress, les incendies de forêt ne figurent pas dans la loi régissant ce fonds !

En effet, le Décret n° 2-18-785 du 23 chaabane 1440 (29 avril 2019) pris pour l’application de la loi n° 110-14 instituant un régime de couverture des conséquences d’évènements catastrophiques et modifiant et complétant la loi n° 17-99 portant code des assurances indique que « les agents naturels pouvant constituer un évènement catastrophique tel que défini à l’article 3 de la loi n° 110-14 précitée sont les crues, les inondations y compris le ruissellement, le débordement des cours d’eau, la remontée de la nappe phréatique, la rupture de barrages causée par un phénomène naturel, les coulées de boue, les tremblements de terre, les tsunamis ».

En plus de ces cas de figure, la définition de l’évènement catastrophique dont la couverture est organisée vise également « l’action violente de l’homme constituant un acte de nature terroriste ou une émeute ou un mouvement populaire lorsque les effets sont d’une intensité grave pour la collectivité ». C’est ce que l’on peut lire dans la note de présentation du projet de loi publié par la direction des Assurances et de la Prévoyance sociale, et le ministère des Finances.

À aucun moment ne sont évoqués les incendies de forêt qui peuvent être provoqués par une catastrophe naturelle, ce qui fait que les familles touchées par les récents feux ne rentrent pas dans la case des « victimes » à indemniser. Une faille énorme dans une loi censée comprendre des catastrophes naturelles, notamment les feux de forêt, mais qui trouve juste de qualifier l’ »émeute et mouvement populaire » d’évènement catastrophique.

Feux de forêt : Importants dégâts environnementaux et sociaux, une loi de solidarité incomplète Hespress Français.

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