Bourse: des résultats au beau fixe, mais des perspectives très incertaines

La majorité des sociétés cotées à la Bourse de Casablanca ont publié des résultats commerciaux de très bonne facture au premier trimestre de cette année, mais font face à des perspectives très incertaines qui cachent plusieurs risques majeurs, selon les différentes analyses.

Sur les trois premiers mois de cette année, les revenus agrégés des 67 sociétés, ayant rendu leurs comptes, ont progressé de 14,8% à 71,4 milliards de dirhams (MMDH). Il s’agit de 9,2 MMDH de chiffre d’affaires additionnel, soutenu par un effet prix très significatif suite à la répercussion d’une bonne partie de la hausse des intrants dans le prix de vente final.

Cette évolution, la plus forte depuis le déclenchement de la crise Covid-19, intervient dans un contexte « marqué par le déclenchement de la crise Russo-Ukrainienne qui a entraîné une hausse supplémentaire de l’inflation en lien avec la flambée des prix du pétrole et des matières premières, la campagne agricole 2021/2022 qui se déroule dans des conditions climatiques difficiles, outre l’incertitude qui demeure toujours forte en raison de l’apparition successives de nouveaux variants », soulignent les analystes de la sociétés de Bourse MSIN.

Les principales contributions sectorielles

Tiré par la hausse des prix des matières premières énergétiques, le secteur du pétrole et Gaz, représenté par TotalEnergies Marketing Maroc et Afriquia Gaz, a contribué à hauteur de 25,6% (2,36 MMDH) à la hausse du chiffre d’affaires global de la cote au titre du premier trimestre de cette année. Dans le détail, TotalEnergies Marketing Maroc a vu ses revenus augmenter de 68,2% à 2,66 MMDH, tandis que Afriquia Gaz a fait état d’un chiffre d’affaires en hausse de 32% à 2,25 MMDH.

Le secteur des mines vient en deuxième position des plus grands contributeurs, porté par Managem, qui a réalisé un chiffre d’affaires de plus de 2,791 MMDH, en hausse de 122,2% (+1,5 MMDH) par rapport au T1-2021.

Managem a profité notamment de la hausse de la parité et des cours moyens de vente de l’ensemble des métaux produits par le Groupe, particulièrement le cobalt et le cuivre et de l’augmentation de la capacité de production. Sa filiale SMI a amélioré, quant à elle, son CA de 84% à 217 millions de dirhams (MDH), alors que CMT a augmenté ses revenus de 21% à 77 MDH.

La troisième marche du podium est complétée par le secteur de l’Agroalimentaire, avec un chiffre d’affaires additionnel de 1,397 MMDH, en répercussions, selon MSIN, de l’inflation sur les prix de ventes.Sur le plan individuel, Cosumar a enregistré un chiffre d’affaires de 2,486 MMDH (+25,9%), Lesieur Cristal 1,64 MMDH (+62,9%), SBM 496 MDH (+2,7%), Mutandis 422 MDH (+40,7%), Oulmès 402 MDH (+23,6%), Unimer 201 MDH (+16,2 %) et Dari Couspate 193 MDH (+5,9%).

En ce qui concerne les autres principaux contributeurs, le secteur du bâtiment et matériaux de construction a enregistré un CA additionnel de 1,21 MMDH, au moment où les six banques cotées ont affiché un produit net bancaire en hausse de 853 MDH à 17,4 MMDH. Le secteur de l’électricité, représenté par Taqa Morocco, a augmenté, lui, son CA de 746 MDH à 2,658 MMDH.

Une seconde moitié de l’année empreinte de risques La croissance élevée des revenus des sociétés cotées à la Bourse de Casablanca intervient dans un contexte inflationniste, font remarquer les analystes d’Attijari Global Research (AGR) dans une note consacrée aux résultats trimestriels des entreprises.Trois facteurs soutiennent, selon eux, la hausse des prix durant 2022. Il s’agit du manque de visibilité sur l’issue du conflit Russo-Ukrainien, des perturbations des chaînes logistiques maritimes et la réouverture de l’économie chinoise dont l’impact serait visible sur la demande mondiale.

Dans ce contexte, les cours moyens des principaux intrants énergétiques importés par les sociétés cotées affichent des hausses significatives entre le premier trimestre de 2021 et celui de cette année, relèvent-ils, notant dans ce sens que les cours moyens du Pétrole, du Charbon et l’Ethylène ont augmenté de respectivement 61%, 240% et 38% sur la période étudiée.

Tenant compte des cours spot observés, début du mois de juin, et des surcoûts induits par la chaîne logistique, les analystes d’AGR anticipent des pressions plus fortes sur les prix des intrants.Ainsi, dans ces conditions, les sociétés cotées devraient faire face à deux risques majeurs à compter du deuxième semestre 2022. Il s’agit, précisent les analystes, d’une pression plus forte sur les marges suite à l’écoulement des stocks constitués durant les derniers trimestres. Les sociétés dont le CA est généré principalement au Maroc seraient les plus vulnérables. Celles-ci accusent déjà une dégradation de -2,3 pts de leur marge d’excédent brut d’exploitation (EBE) entre le premier et le second semestre de 2021. À l’opposé, les sociétés exclusivement exportatrices semblent tirer profit de ce contexte à travers une amélioration de leur marge d’EBE de +16,3 pts sur la même période.

Le second risque est relatif à un affaiblissement de la demande locale qui devrait se faire sentir davantage à compter du mois de juin 2022, indiquent les analystes, rappelant que la consommation du ciment conforte ce sentiment.

En effet, la croissance des ventes de ciment en glissement annuel affiche une nette décélération passant de 14,8% à fin décembre 2021 à -5,1% à fin avril 2022.

Bourse: des résultats au beau fixe, mais des perspectives très incertaines Hespress Français.

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