Minorités au Maroc : La tolérance et la liberté religieuse pointée du doigt par les USA

Au Maroc, l’islam est la religion de l’État avec plus de 99% de musulmans sunnites et moins de 0,1% de musulmans chiites. De plus, « 1% de la population est chrétienne, juive ou Baha’is« . Si la Constitution garantit à chacun la liberté de « pratiquer ses affaires religieuses« , certains groupes religieux minoritaires les pratiquent discrètement de peur du harcèlement ou le ridicule social, la discrimination à l’emploi ou encore la violence potentielle par des extrémistes à leur encontre, à en croire le dernier rapport du département d’État américain. 

Dans ce document au titre de 2021 sur la liberté religieuse internationale, qui a visé 200 pays à travers le monde, le département d’État américain décrit le statut de la liberté religieuse dans chaque pays et couvre les politiques gouvernementales violant les croyances et pratiques religieuses de groupe minoritaire de confessions religieuses.

Concernant le Maroc, le rapport revient sur les différents articles de la Constitution évoquant la religion ainsi que les pressions exercées par les autorités sur les minorités religieuses. Il explique ainsi que bien que la loi autorise l’enregistrement des groupes religieux en tant qu’associations, certains groupes religieux minoritaires ont signalé que le gouvernement avait retardé ou rejeté leurs demandes d’enregistrement.

Tout en applaudissant l’initiative lancée par le Roi Mohammed VI, le 14 décembre 2021, visant à rénover les sites du patrimoine juif dans le pays, afin d’inclure des centaines de synagogues, de cimetières et d’autres sites dans plusieurs villes, le rapport indique qu’une organisation de chrétiens marocains a lancé une campagne pour la révision des lois restreignant la capacité de diriger et d’assister à des offices dans les églises officielles et le droit au mariage ecclésiastique ou civil. Le groupe a également appelé le gouvernement à autoriser les chrétiens marocains à être enterrés dans des cimetières chrétiens et à porter des noms chrétiens, précise la même source.

Se basant sur un rapport de l’Association Marocaine des Droits de l’Homme (AMDH) de 2020-21, le département d’État US a indiqué que le harcèlement sociétal des chiites et de l’islam chiite se poursuit dans la presse et dans les sermons du vendredi. En conséquence, beaucoup pratiquait en privé leur religion et évitait de divulguer leur appartenance religieuse.

D’ailleurs, le rapport souligne que les musulmans sunnites et les juifs sont les seuls groupes religieux reconnus dans la Constitution comme natifs du pays, notant qu’un ensemble distinct de lois et de tribunaux spéciaux régit les questions de statut personnel pour les Juifs, y compris le mariage, l’héritage et d’autres questions de statut personnel.

« Les représentants des groupes religieux minoritaires ont déclaré que la peur du harcèlement sociétal, y compris l’ostracisme par les familles des convertis, le ridicule social, la discrimination à l’emploi et la violence potentielle à leur encontre par des extrémistes, étaient les principales raisons qui les amenaient à pratiquer leur religion discrètement. Les citoyens juifs, quant à eux, ont déclaré qu’ils vivaient et assistaient aux offices dans les synagogues en toute sécurité et qu’ils pouvaient visiter régulièrement des sites religieux et organiser des commémorations annuelles« , fait savoir le rapport.

Dans le volet juridique, le rapport revient sur ce qui est toléré ou pas au Maroc lorsqu’il s’agit de religion. Il rappelle ainsi que la Constitution et la loi régissant les médias « interdisent à toute personne, y compris les parlementaires, qui sont normalement à l’abri de l’arrestation, de critiquer l’islam sur des plateformes publiques, telles que la presse écrite ou les médias en ligne, ou dans des discours publics« .

De telles expressions, poursuit le rapport, « sont passibles d’une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à deux ans, d’une amende pouvant aller jusqu’à 200.000 dirhams, ou des deux. L’emprisonnement peut être porté à cinq ans ou une amende de 50.000 à 500.000 dirhams, ou les deux, si les faits sont commis soit par des discours, des cris ou des menaces proférés dans des lieux publics ou des réunions publiques, soit par des affiches exposées publiquement par la vente, la distribution ou tout autre moyen utilisé à des fins publicitaires, y compris sous format en ligne, papier ou audiovisuel « .

Le rapport avance également que la loi au Maroc pénalise quiconque « emploie des incitations pour saper la foi ou convertir un musulman à une autre religion en exploitant une faiblesse ou un besoin d’assistance, ou en utilisant des établissements d’enseignement, de santé ou autres et prévoit des peines de six mois à trois ans d’emprisonnement et une amende de 200 à 500 dirhams« .

Les mêmes peines, poursuit le rapport, « s’appliquent à quiconque entrave intentionnellement les rites ou les célébrations religieuses lorsque cela cause des troubles ou porte atteinte à la dignité de ces actes religieux. Elle prévoit également le droit à un procès pour toute personne accusée d’une telle infraction« .

Pour la conversion volontaire, elle n’est pas un crime au regard de la loi au Maroc, précise le rapport du département d’État Américain, qui souligne que la loi permet au gouvernement d’expulser sommairement tout résident non citoyen qu’il considère comme  » une menace pour l’ordre public ». En effet, cette loi estime que toute personne qui empêche une ou plusieurs personnes de pratiquer ou d’assister à des cultes de toute religion est passible de six mois à trois ans d’emprisonnement et d’une amende de 200 à 500 dirhams.

Le rapport revient également sur le « fameux » article du Code pénal qui stipule que toute personne connue pour être musulmane et qui rompt le jeûne en public pendant le mois de Ramadan sans exception accordée par les autorités religieuses est passible d’une peine de six mois de prison et d’une amende de 200 à 500 dirhams, alors que «  les propriétaires ont le pouvoir discrétionnaire de garder leurs restaurants ouverts pendant le Ramadan« , précise le département d’État américain.

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