Aid Al Adha: Les éleveurs auront des difficultés à s’en sortir cette année

Le prix du mouton destiné à la fête du Sacrifice (Aid Al Adha) va connaitre une hausse en 2022 par rapport aux années précédentes. Les éleveurs au bout du gouffre financier « veulent juste s’en sortir » et n’augmenteront leurs prix que de 20% à 30% « parce qu’il savent que s’ils demandent plus, personne ne va acheter », a indiqué Abderrahmane Mejdoubi, président de l’association nationale des éleveurs (ANOC).

« Hier j’étais au Souk de Ain Beni Methar (dans la région de l’Oriental), l’un des plus grands du Maroc, et j’ai été étonné, car la situation est normale », a déclaré le président de l’ANOC qui se consacre aux ovins et aux caprins.

Reconnaissant qu’il y a eu des appréhensions ces 3 dernières semaines quant aux prix des bêtes destinées au sacrifice pour l’Aid Al Adha, il s’est dit étonné de ne pas avoir vu de hausse à un mois de la fête.

« J’ai personnellement prospecté et les techniciens se sont rendus sur place aussi pour me rendre compte des prix. La viande ovine fait 80 dirhams chez le boucher en ville et là-bas (au Souk) elle fait 50 dirhams le kilo pour le mouton entier », a-t-il affirmé en annonçant les prix. Et d’expliquer qu’un mouton de presque 14 kg fait dans les environs de 600 ou 700 dirhams.

Cette année, malgré un contexte marqué par les hausses des prix à tous les niveaux et la sécheresse qui impacte directement la nourriture destinée aux ovins et caprins, qui se retrouvent à court d’herbes et d’eau depuis leur source naturelle, et une crise qui s’est répercutée sur les éleveurs obligés de se séparer de leurs animaux, il n’y aura pas de pénuries.

« A 30 jours avant l’Aid Al Adha (l’identification s’arrête durant les 10 derniers jours précédent la fête, ndlr), le cheptel identifié jusqu’à présent est estimé à 2,5 têtes », a déclaré le représentant de l’ANOC, précisant qu’au niveau de son association, ils sont à 65-70% de l’objectif tracé par le ministère.

« L’effectif est là, il n’y a pas de quoi s’inquiéter », a-t-il indiqué en insistant sur la bonne santé des animaux. Le porte parole du gouvernement, Mustapha Baitas, a confirmé cette donnée en conférence de presse.

Le cheptel est en « bonne santé », a-t-il indiqué, en expliquant que le programme de vaccination gratuite a ciblé 2 millions de vaches, presque 19 millions de moutons et 4,5 millions de chèvres.

Mustapha Baitas a également parlé du contexte exceptionnel de cette année qui a connu une faible pluviométrie, il a en ce sens rappelé que les orientations du Roi Mohammed VI pour la mise en place du programme de 10 milliards de dirhams dont une partie a été consacrée à l’alimentation du cheptel, et une autre au suivi sanitaire.

Néanmoins, cette année, « le consommateur doit prendre en compte que le coût de revient de l’animal pour l’éleveur a subit une hausse et doit se rappeler qu’il s’agit d’une Sadaqa (un don en Islam) et que s’il doit rajouter 400 ou 500 dirhams ce ne doit pas être un problème », a relevé Abderrahmane Mejdoubi.

Selon lui, la situation de crise vécue dans le secteur est « le cumul d’au moins 4 ans, sans parler de deux ans de covid » et a poussé beaucoup d’éleveurs à arrêter parce que la filière ne rapporte pas.

« Le carburant a augmenté de près 50% (depuis la fin de la compensation), l’aliment composé destiné au bétail a augmenté de 125%, le sachet d’orge de faisait 200 dirhams, maintenant il coûte 250 dirhams, et c’est ça l’impact sur le prix », a-t-il énuméré, précisant que le coût journalier d’engraissement par bête est passé de 7 à 25 dirhams, soit 750 dirhams par mois par tête.

Face à la situation désastreuse pour les éleveurs (pas les intermédiaires, ndlr), « les consommateurs doivent voir cette situation comme un acte citoyen dans l’intérêt national ». Il estime que si les prix augmentent de 500 dirhams par exemple que le consommateur n’achète pas, l’année prochaine, encore plus d’éleveurs risquent de mettre la clé sous la porte et là se pose le risque de la disparition des cheptels et des races marocaines.

« Si le consommateur n’achète pas, plus ça va aller, plus nous serons obligés d’importer. Si importation il y a, il s’agira de quel produit, de quelle qualité? », s’est-il interrogé en rappelant que les produits marocains sont de grande qualité, et sont strictement contrôlés et viennent de passer tous les tests de l’ONSSA et aucune infection ni maladie n’a été détectée contrairement à d’autres pays.

Dans tous les cas de figure, estime-t-il en outre, « l’éleveur ne va pas s’en sortir cette année, c’est garanti » et qu’il cherche aujourd’hui seulement à « s’en sortir, ni plus ni moins, avec les moindres dégâts, on ne parle pas de bénéfices.

« Quand on calcule le cumul des crédits, le travail, une année de sécheresse, avec un aliment cher, l’eau est chère, l’électricité aussi, le transport. Et toutes ces augmentations, les éleveurs ne peuvent pas les ajouter au prix de bétail parce qu’il savent que s’ils demandent plus, personne ne va acheter », conclut Abderrahmane Mejdoubi.

Aid Al Adha: Les éleveurs auront des difficultés à s’en sortir cette année Hespress Français.

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