Visas: Entre une France incongrue et un Maghreb récalcitrant, le citoyen trinque

La France, unilatéralement, avait décidé fin septembre 2021 de réduire de 50% l’octroi des visas aux Marocains et Algériens et de 30 % pour les Tunisiens. La raison invoquée est que ces trois pays ne permettaient pas ou se montraient peu « chaleureux » au retour, de leurs ressortissants expulsés. Cette décision française pour le moins saugrenue, avait provoqué de vives tensions entre l’Hexagone et les pays du Maghreb.

Pour l’exécutif français, ce mouvement s’inscrivait dans une stratégie de persuasion visant à accélérer le processus de rapatriement de ressortissants maghrébins en situation irrégulière vers leur pays d’origine. Un chantage à titre de mesure qui ne convainquait pas, ni de ce côté-ci de la rive ni du reste dans l’Hexagone.

D’aucuns y voyaient même un sujet de pré-campagne gagnant en ces temps d’élections présidentielles et qui pouvait booster la candidature des uns comme des autres. L’immigration et à un degré moindre, Dame Covid étant des sujets « vendeurs » on va dire, avant que le conflit de l’Ukraine ne fut.

La limitation du nombre de visas a été annoncée durant la pré-campagne électorale française, qui avait déjà vu l’immigration devenir un thème phare. Bref, la délivrance des Obligations de quitter le territoire français (OQTF) sachant en cela leur non-exécution cause Dame Covid effectivement, persistait, histoire de punir une population non concernée par les migrations (étudiants, commerçants, professions libérales, touristes…), dans des proportions démesurées par rapport au nombre d’expulsés.

Récemment un rapport intitulé « Services de l’Etat et immigration : retrouver sens et efficacité » de la Commission des lois au Sénat français s’est montré triplement critique envers la politique publique quant à l’immigration en France.

Le constat est sans équivoque : « La mission d’information dresse un triple constat : le droit des étrangers est devenu illisible et incompréhensible sous l’effet de l’empilement de réformes successives, les procédures applicables sont souvent inefficaces, enfin, les services de l’Etat manquent de moyens pour les mettre en œuvre ».

Sans évoquer ou invoquer l’octroi des visas qui lui, n’a aucun rapport avec l’immigration clandestine et ce qu’elle encourt comme désagréments pour le pays d’accueil, la Commission pointe cependant les dysfonctionnements liés à ce phénomène migratoire et dont le visa justement peut-être une solution idoine pour une immigration choisie. Cela étant, le rapport indique que, la mission d’information relevant de la commission des lois au Sénat français a révélé que 867 expulsions ont été réalisées en 2019 vers le Royaume, 178 en 2020, 170 en 2021 (années Covid) et 6 sur les deux premiers mois de l’exercice en cours.

Par ailleurs pour ce qui est des visas, entre janvier et juillet 2021, la France avait accédé à 18 579 sur 24 191 dépôts de visas venant du Maroc, un chiffre très en-deçà des requêtes pré-Covid. En 2019, Paris recensait plus d’un million de demandes de visas depuis les trois pays. L’histoire ne dira pas combien ont été délivrés.

Consterné mais obstiné donc, le gouvernement français estime que les laissez-passer consulaires (LPC) sont délivrés au compte-gouttes par les pays concernés par la mesure de rétorsion. Cette condition administrative relevant des Etats souverains est obligatoire dans le cas où les personnes visées par les mesures d’expulsion ne disposent pas de pièces d’identité (passeport ou titre de voyage).

« Ce sont plutôt des sans-papiers », nuançait Catherine Wihtol de Wenden, chercheuse au CNRS, pour qui la solution à ce problème est « d’avoir moins d’OQTF », ajoutant que « la reconduction, c’est la théâtralisation de la politique »,  car selon la chercheuse, elles « coûtent très cher (entre « 3 et 5 000 euros » par individu) et souvent elles aboutissent à des bavures. Vouloir expulser des personnes qui travaillent, qui ont créé des familles, n’a aucun sens ».

Cette histoire d’entêtement des exécutifs de part et d’autres ne nuit in fine, qu’aux citoyens sans pour autant régler le quiproquo. En attendant des demandeurs de visas et non des moindres reviennent majoritairement bredouilles. Ici c’est ce père de famille répondant à toutes les conditions d’octroi de visa qui se voit refuser une visite à sa fille qui étudie en France et là c’est ce groupe d’ophtalmologues marocains qui devaient assister au congrès international annuel de l’ophtalmologie organisé par la Société française d’ophtalmologie et dont ils étaient les invités. Le groupe comprenait des médecins du secteur privé, des internes, des chefs de clinique, des professeurs universitaires et des chefs de service de CHU. La liste est loin d’être exhaustive.

Le recrutement de TASE (Travailleurs Agricoles Saisonniers Étrangers) n’est pas en reste puisque des producteurs agricoles de Loir-et-Cher ont attendu en vain quelque 600 cueilleurs de fraises marocains avec le risque de perdre la moitié de la récolte. La France en voulant mettre le Maghreb devant le fait accompli, punit la population maghrébine mettant en cause son image et son discours sur la mobilité et les échanges humains avec la rive sud de la Méditerranée et ce n’est pas la bonne solution.

Visas: Entre une France incongrue et un Maghreb récalcitrant, le citoyen trinque Hespress Français.

Afficher plus

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Bouton retour en haut de la page