Abdel tétraplégique en soins en France se voit brandir une OQTF

Arrivé du Maroc en 2019   pour être soigné, « Abdel », la quarantaine et tétraplégique, a été prié de quitter la France il y a deux mois. En effet, Abdel a reçu une obligation de quitter le territoire français (OQTF) le 28 février 2022. Depuis il craint qu’on ne vienne l’expulser de son lit d’hôpital. Rentré en France avec un visa touristique, il avait déposé une demande d’asile auprès de la Cour nationale du droit d’asile (CNDA). Rejetée ! nous dit « ActuBordeaux ».

Du coup, et en plus de son mal, c’est une inquiétude métaphysique qui le ronge, causée par la mise en relation de la réalité du monde et de celle de la chose administrative française qui le saisit. Angoisse et anxiété sont désormais son lot quotidien. Le choc est d’autant plus grand pour ce Casablancais, car il a toujours porté la France en haute estime. « Je pensais qu’au pays des droits de l’Homme, on m’accueillerait les bras ouverts vu ma condition ».

Si sur le plan sanitaire, l’accueil qui lui a été réservé, fut sans faille, pris en cela en charge au CHU de Bordeaux dans une Unité de Soins Normalisée (USN), où il est hospitalisé à temps complet, et bénéficie donc des soins que requiert son handicap, ce n’est pas le cas sur le plan administratif et juridique, où on lui a manifesté peu d’humanité avec cette OQTF que lui ont signifiée et la préfecture de Gironde et le tribunal administratif.

Même si « elles ‘OQTF ndlr) sont rarement appliquées pour des personnes dans sa situation », concède Mandy Rezeau-Merah, la juriste spécialisée dans le droit des étrangers qui suit son dossier. Pour elle, l’OQTF prive Abdel de toute opportunité, sanitaire, professionnelle ou autre.

Au Maroc, Abdel ne pourrait pas bénéficier des soins dont il a besoin, d’après son avocat. « Ce serait la mort », assure cet homme installé à Bordeaux (Gironde), qui souffre d’une myopathie de Bethlem, une maladie dégénérative, qui lui ronge les muscles et lui plie les membres. Un mal qui l’a cloué dans un fauteuil depuis longtemps déjà.

Aujourd’hui, Abdel est handicapé à 80% et il est entièrement dépendant. Se nourrir, se laver, se vêtir,  aucun de ses besoins fondamentaux ne peut être satisfait sans l’aide d’un tiers. Alors quand les services de l’Etat, appuyés par une décision du tribunal de Bordeaux, lui ont intimé de quitter le territoire français, ça a été le coup de grâce pour Abdel. « Mes parents ont plus de 70 ans, ils sont trop âgés pour s’occuper de moi, et il n’y a aucun institut adapté à ma pathologie au Maroc. Là-bas, si je ne meurs pas du manque de soins, je dépérirais psychiquement», implore-t-il .

Un état de santé qui nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d’une exceptionnelle gravité. En parallèle, Abdel a sollicité un titre de séjour pour étranger malade mais son acceptation est conditionnée à deux critères  « qui correspondent en tout point à la situation d’Abdel », pointe la juriste, spécialisée en droit des étrangers. Pourtant l’asile comme la demande de carte de séjour pour raison médicale ont été rejetés en bloc et par la préfecture de Gironde et par le tribunal administratif, après le recours suspensif engagé par les avocats d’Abdel en février 2022.

Motifs invoqués pour justifier le refus ? « Il ne parvient pas à justifier qu’il est isolé dans son pays», et l’Office Français de l’Immigration et de l’Intégration (OFII) qui a fait examiner le dossier d’Abdel par un cortège de médecins, estime que « eu égard à l’offre de soins dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier d’un traitement approprié ». Ce qui a été dûment consigné dans la décision de justice.

Mais le quotidien des personnes en situation de handicap au Maroc, Abdel la connait, pour l’avoir subi pendant près de 38 années. «Pas d’accessibilité aux services publics, aux transports, pas d’entraide…  Ce sont des difficultés qui, mises bout de bout, deviennent insurmontables», déplore-t-il.

Abdel tétraplégique en soins en France se voit brandir une OQTF Hespress Français.

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