La position RSF de l’Algérie est « surréaliste » comparativement à celle du Maroc (politologue)

Le dernier classement de Reporters Sans frontières (RSF) sur la situation de la presse dans le monde qui a hissé l’Algérie de 12 points pour cette dernière année est « surréaliste », a réagi le politologue Mustapha Sehimi qui a commenté également la position du Maroc (+1). 

« Quel est le pays dans le Maghreb, dans le monde arabe et dans quasi majorité des pays africains à part le Sénégal où il y a autant d’espace de libertés? Moi je vous pose la question. Nous sommes tous témoins de ce qui se passe dehors et des périodes difficiles que le Maroc a traversé pendant des décennies, mais quelle est la situation de 2022? », s’est demandé le politologue réagissant au rapport sur la situation de la presse au Maroc accompagnant le classement de RSF.

« Le Maroc est classé à la 136ème place, il aurait avancé d’une place. Vous vous en rendez compte! C’est extraordinaire », s’est-il dit en ironisant en poursuivant que de tout ce que le Maroc a engrangé, capitalisé, cela ne vaut qu’une place pour RSF, lors d’une conférence de presse de l’Association Marocaine des droits des victimes, placée sous le thème des violations flagrantes des droits des victimes dans les rapports des ONG internationales.

Et de faire une comparaison simple avec la situation en Algérie, dont le contexte politique a été bouleversé depuis l’arrivée au pouvoir du président Abdelmadjid Tebboune qui a multiplié les arrestations d’opposants, a menacé la démocratie en sanctionnant des partis politiques, en emprisonnant les militants d’une nouvelle Algérie du Hirak dont font partie médecins, juristes, avocats, académiciens et des journalistes.

Crédit photo Mounir Mehimedate

Jamais l’Algérie n’aura connu autant d’arrestations arbitraires et de détentions de journalistes pour avoir fait leur travail, de décès de prisonniers d’opinions, que depuis Abdelmadjid Tebboune au pouvoir. Ils sont plus de 300 personnes à être encore emprisonnées à l’heure actuelle dans le pays, des dizaines de fugitifs ayant fui les persécutions des services algériens pour avoir dénoncé le pouvoir simplement à travers des posts sur Facebook.

Alors que le Maroc n’a gagné qu’une place au classement, c’est parce qu’il « évacue un certain nombre d’acquis », notamment celui de la Constitution de 2011, qui est un « acquis de la construction démocratique actuelle », a indiqué Mustapha Sehimi.

La Constitution de 2011 a rehaussé la justice comme pouvoir et non pas comme autorité comme dans les précédentes Constitutions, a-t-il affirmé en ajoutant qu’au Maroc, il existe une justice qui fonctionne comme toutes les justices du monde dans les pays démocratiques, et qui est « globalement satisfaisante ».

« Elle peut avoir la main lourde dans telle ou telle circonstance, c’est une justice humaine conduite par des magistrats, mais c’est une justice qui fonctionne », a-t-il affirmé.

Concernant la presse, « c’est une situation ouverte, où il y a des espaces de débat, une situation particulière où le gouvernement est interpellé quotidiennement sans qu’il n’y ait de poursuites, où des ministres sont mis en cause, des affaires qui sortent dans la presse sans que ça ne donne lieu à des poursuites, où les journalistes ont des droits. Ils sont organisés dans un conseil national de la presse… », a énuméré l’universitaire.

Crédit photo Mounir Mehimedate

Et d’ajouter que c’est là où la comparaison avec l’Algérie est importante. « L’Algérie elle aurait gagné 12 places, elle est au 134 rang. C’est quand même extraordinaire! », s’est-il exclamé.

Avec une situation comme celle en Algérie, le fait qu’elle ait gagné des places au classement est « surréaliste » selon le politologue. « Je connais la situation de la presse algérienne… il y a 72 journalistes algériens qui ont été poursuivis, il y en a 23 qui sont encore en prison. Il y a des journaux de presse écrite et des journaux en ligne qui ont été fermés par le pouvoir actuel. Voilà la situation de l’Algérie », a-t-il déclaré.

« Sérieusement, qui peut dire que la situation de la presse en Algérie s’est améliorée de 12 place? », s’est demandé l’universitaire, en affirmant qu’elle ne devrait pas être à la 134ème place mais plutôt parmi les tous derniers du classement compte tenu du climat de répression qu’il y a dans le pays voisin.

Mais pour lui, si la situation du Maroc a été aussi critiquée contrairement à celle de l’Algérie, c’est parce qu’il existe des liens entre des organisations comme RSF et des réseaux de lobbying politiques étrangers.

« J’ai étudié les paragraphes consacrés par Reporters sans frontières au Maroc. C’est du copier coller de la résolution américaine présentée par un certain nombre de sénateurs. C’est au mot près », a déclaré Mustapha Sehimi.

Il fait noter en ce sens qu’il y a une commercialisation et une connexion entre ce que disent certaines associations professionnelles à l’étranger et des relais politiques. Pour le politologue, « c’est le procès de ce process de fabrication (de ce genre de rapports, ndlr) qu’il faut faire aujourd’hui ».

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