Algérie: La presse indépendante à l’agonie depuis Abdelmadjid Tebboune

La liberté de la presse en Algérie continue de reculer depuis l’accession au pouvoir du président Abdelmadjid Tebboune en 2019. Les journalistes algériens travaillent dans la peur de la répression policière et de se retrouver derrière les barreaux s’ils ne sont pas complaisants avec le pouvoir.

Avec l’arrivée au pouvoir par la force d’Abdelmadjid Tebboune en 2019, le métier de journaliste s’en est vu de plus en plus menacé. Entre les arrestations arbitraires sans procès équitable et la censure qui frappe le pays, les journalistes se retrouvent dans une situation précaire jamais connue auparavant même du temps de l’ancien président Bouteflika.

L’exemple du cas du journaliste Khaled Drareni a défrayé la chronique lorsque celui-ci fut arrêté par les autorités algériennes en plein Hirak pour avoir fait des tweets relatant les événements des manifestations pacifiques des Algériens qui aspiraient à un avenir meilleur sous un régime démocratique et pas militaire.

Le journaliste connu pour avoir présenté les informations à la télévision algérienne et avoir même reçu Abdelmadjid Tebboune avant d’être président, a été traité d’ »espion » par ce même homme pendant le Hirak. Le chef de l’Etat algérien a déclaré que Khaled Drareni n’était pas un journaliste.

Bien que les raisons de son arrestation arbitraire n’ont pas été clairement annoncées par le régime algérien, il ne faut aucun doute que ce sont ses tweets qui ont dépassé les frontières algériennes qui ont suscité la colère du pouvoir, d’autant plus que le journaliste était correspondant pour des chaines étrangères et rendait compte de la réalité sur le terrain de l’ampleur de la grogne sociale.

Après lui, plusieurs autres journalistes ont connu le même sort, notamment le journaliste de Liberté Algérie, Rabeh Karèche, qui a été arrêté pour avoir couvert les manifestations des populations du sud algérien, une région où le régime algérien maintien un black-out médiatique de peur de la montée de velléités indépendantiste à cause des disparités profondes entre les habitants du nord, et celles du sud, pauvres et avec un taux de chômage élevé.

La situation des médias indépendants en Algérie est inquiétante. Leur proportion a drastiquement diminué depuis 2019, année à laquelle Abdelmadjid Tebboune a accédé au pouvoir à l’issue d’un coup de force de l’institution militaire qui a imposé « son » candidat au moment où le peuple rejetait l’idée d’une élection présidentielle et l’a boycotté deux fois.

Les médias exerçant en langue française et offrant une petite fenêtre sur la situation politique et sociale en Algérie ont été réduits au silence à coup de censure de leurs sites électroniques. Ces médias ont été obligés de subir une ligne éditoriale proche du pouvoir alors que jusqu’alors avaient une étiquette d’indépendants.

Le cas de Tout sur l’Algérie (TSA) en est un exemple probant de ce revirement soudain de ligne éditoriale devenue pro-pouvoir. Le cas d’El Watan également est inquiétant où le dernier article publié remonte au 30 décembre 2021.

Plus récemment, Liberté Algérien, le dernier journal qui pouvait se permettre encore d’écrire librement, de critiquer et de remplir son rôle d’information, du fait de son appartenance à un homme d’affaires, Issad Rebrab, a fini par fermer sous la pression.

Ce constat est partagé par le dernier rapport de Reporters Sans frontières dans son édition de 2022, où il est noté que le paysage médiatique en Algérie « n’a jamais été aussi détérioré », énumérant les problématique. Des médias indépendants sous pression, des journalistes régulièrement emprisonnés ou poursuivis, et plusieurs sites internet bloqués.

« Médias et journalistes subissent de nombreuses pressions, dont la majorité sont exercées par la présidence de la République, les partis politiques, les services de sécurité et les autorités locales », indique le rapport, notant « une influence directe sur la nomination et le licenciement des responsables des médias et des autorités de régulation » par le pouvoir algérien.

Une réforme du code pénal, adoptée en 2020, criminalise de un à trois ans de prison la diffusion de « fausses nouvelles » et de « discours haineux » visant à porter atteinte « à l’ordre et à la sécurité nationale » ou à la « la sûreté de l’État et à l’unité nationale », explique RSF qui ajoute que ces motifs sont « régulièrement utilisés » à tort et à travers dans le seul but de criminaliser et condamner les journalistes.

« Dans ce contexte, la censure et l’autocensure sont largement répandues », dénonce Reporters sans frontières, qui relève par ailleurs une situation économique difficile pour les organes de presse qui se retrouvent privés de publicités et de subventions d’État qui « ne sont octroyées qu’aux médias publics ou aux médias privés proches du régime ».

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