Sommet UA/UE à Bruxelles : le Maroc chapeautera la question migratoire

Reporté de près de deux ans à̀ cause de la Covid-19­, le sixième sommet réunissant l’Union européenne (UE) et l’Union africaine (UA) se tient finalement ces jeudi 17 et vendredi 18 février 2022 à Bruxelles. Il se tient également à un peu plus d’un mois après que la France ait hérité de la présidence se­mestrielle tournante de l’UE. Mais pour autant ce ne sera pas Paris qui tiendra la vedette lors cette grande messe intercontinentale qui débute à 14 heures locales ou 13 heures GMT.  

Sont attendus une quaran­taine de chefs d’Etat ou de gouver­nement africains en plus de ceux des 27 Européens à ce sommet censé poser les bases d’une refondation des relations entre les deux continents. C’est que cela fait une vingtaine d’années que l’on se regarde en chiens de faïence. Ce sommet UE-Afrique à Bruxelles se veut être une volonté de repenser pour l’Europe la relation avec ce continent, courtisé par d’autres puissances tout autant intéressées et qui aspirent à un partenariat d’égal à égal, et tout à fait cohérent.

Placé sous le thème de deux continents à la vision commune à l’horizon 2030, le sommet se veut être l’occasion pour les Européens donc, d’ancrer leurs promesses et d’aller outre tous les préceptes de la rhétorique et des gestes symboliques et autre verbiage. On notera une innovation lors de ce sommet avec la mise en place de tables-rondes auxquelles participeront à chaque fois une vingtaine de chefs d’État ainsi que des personnalités extérieures, en provenance par exemple du FMI ou de la Banque mondiale. Il y aura ainsi sept tables-rondes réparties par thématiques : financement de la croissance, sécurité et gouvernance, mais aussi migrations, santé, transition énergétique, éducation et intégration économique. Ces tables rondes seront, à chaque fois, présidées par deux dirigeants qui rendront ensuite compte de leurs travaux devant leurs pairs.

Au-delà des convergences il sera également question d’aborder les points de friction qui ne manquent pas, vu du Nord, comme le climat, la sécurité, la gouvernance, les conflits au sahel et la migration entre autres. A ce dernier égard, le Maroc représenté en la circonstance par le ministre des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger Nasser Bourita coprésidera une table ronde (commission mobilité et migration) aux côtés du Portugal, de l’Autriche et du Bénin. Il faut dire que le Royaume de sa riche expérience quant à la question migratoire n’a rien à envier aux autres. Au début de ce mois, lors du 35ème Sommet ordinaire de l’Union africaine (UA) qui s’est tenu à Addis-Abeba (Ethiopie) le rapport sur la migration du Roi Mohammed VI, « Leader de l’Union africaine sur les questions migratoires », avait été présenté. Le Maroc abrite également l’Observatoire africain des migrations, depuis décembre 2020 sur une proposition du Souverain, lors du 30ème Sommet de l’Union Africaine tenu en janvier 2018.

Mais Nasser Bourita ne se limitera pas qu’à présider cette commission. En effet, en marge de ce sixième sommet UA/UE, le Chef de la diplomatie marocaine devrait s’entretenir avec plusieurs chefs de délégations européennes et de pays africains amis et alliés. C’est que pas moins de 80 chefs d’Etat et de gouvernement sont annoncés, dont la moitié arrivent en provenance du continent. Pour pouvoir réussir ce rendez-vous intercontinental, des actes ont été posés en amont. L’un en est la visite qu’a entreprise la présidente de la Commission, Ur­sula von der Leyen à Rabat et à Dakar pour annoncer un peu plus de 150 milliards d’euros d’investissements en Afri­que sur la période 2021/­2027 dans le cadre de l’initiative européenne du projet Global Ga­teway (« portail mondial ») que la Commission européenne met en place afin de concurrencer les « nouvelles rou­tes de la soie » chinoises. D’une moue de circonstance, l’Afrique apprécie le geste quoiqu’en prenant la présidence de l’UA début février, le président sénégalais, Macky Sall, avait rappelé que « l’Afrique avait besoin d’un financement additionnel d’au moins 252 milliards de dollars [221 milliards d’euros] d’ici à̀ 2025 pour contenir le choc de la pandémie et amorcer sa relance économique ».

Mais en dépit de cela, le sommet ne s’est pas présenté sous les meilleurs hospices des évènements de secondes natures sont venus envenimer l’évènement. La présence du leader de polisario Brahim Ghali invité par l’UA ou plutôt imposé à l’UA par l’Algérie et que l’UE s’est empressée de renier la reconnaissance en est un et il illustre le fameux grain de poussière venant à enrayer une machine tout juste remise en marche. Qu’à cela ne tienne ! D’aucuns prédisent qu’il faudra plus qu’un sommet pour refonder les relations entre l’Afrique et l’Europe et en po­ser les bases. En effet et contrairement à d’autres puissances, l’UE réagit à la nécessité à la fin plutôt qu’au moment opportun. En deux décennies et alors que les 27 ou 28 naguère atermoyaient leurs projets, la Chine triplait ses exportations en Afrique. Pour la conquête des marchés d’Afrique, il faudra s’attendre à une rude concurrence et compter désormais avec l’Empire du Milieu, les Etats-Unis, la Russie voire la Turquie, des puissances déjà bien positionnées dans le secteur économique. Le continent africain représente un marché de plus d’un milliard de consommateurs et pèse pas moins de 3000 milliards de dollars.

Sommet UA/UE à Bruxelles : le Maroc chapeautera la question migratoire Hespress Français.

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