Etude CSEFRS : Gestion de la carrière et rémunération de l’enseignant

Dans son rapport sous l’intitulé « Le métier de l’enseignant au Maroc à l’aune de la comparaison internationale », le Conseil supérieur de l’enseignement, de la formation et de la recherche scientifique (CSEFRS) a abordé en son chapitre VI, les aspects liés à la structure de carrière de l’enseignant au Maroc, à la rémunération ses perspectives de carrière et d’avancement. Tout cela constitue une des dimensions importantes des politiques publiques relatives aux enseignants.

La préoccupation majeure étant ici, la mise en place d’un système qui définit les rôles et compétences indispensables aux différentes étapes de la carrière « qui se doit d’être exprimée en termes de promotion et d’incitations financières, mais aussi en termes de perspectives d’évolution » nous dit le document. Pour ce qui est de l’avancement dans la carrière, il est préconisé de « gérer de manière efficiente les carrières professionnelles sur la base de l’accompagnement, de l’évaluation et de la promotion, en se fondant sur le mérite, la performance et le rendement ». La Vision stratégique de la réforme 2015-2030 appelant pour ce faire à « motiver matériellement et moralement les acteurs éducatifs et améliorer les conditions de travail et d’exercice du métier ».

Le corps d’enseignement est composé de professeurs de l’enseignement primaire (3 grades), les professeurs de l’enseignement secondaire collégial (3 grades), ceux de l’enseignement secondaire qualifiant et ceux agrégés de l’enseignement secondaire qualifiant. Le passage d’un grade à un autre se faisant soit à l’issue d’un examen professionnel (+6 années de service) ou au choix après inscription au tableau d’avancement (10 années de service). Le corps enseignant de l’éducation nationale au Maroc comprend deux catégories, celle des enseignants statutaires et celle des enseignants cadres des Académies régionales d’éducation et de formation (AREF). Frustrant selon les enseignants, au vu des bénéficiaires relativement peu nombreux à cause du régime des quotas. Il est précisé dans le document que la « vision stratégique de la réforme de l’Éducation » qui vise à l’édification d’une école de l’équité et de la qualité d’ici 2030, a mis la compétence et le mérite au centre de la réforme du dispositif de gestion de carrière des enseignants. Pourtant la majorité des enseignants considèrent que ce système ne prend pas en compte le rendement et la performance, ne les encourage pas et, par conséquent, laisse peu de place au mérite, « il n’y a aucun mécanisme qui permet de distinguer les enseignants qui font des efforts de ceux qui n’en font pas ».

L’absence d’un système de récompense fondé sur l’effort et la performance est d’ailleurs déplorée et des directeurs d’établissement estiment qu’« il faut qu’il y ait des primes pour encourager et stimuler les enseignants qui font des efforts. Tous les secteurs disposent de ce genre d’incitations, sauf le corps enseignant », dira cet autre enseignant. Au Maroc, les indemnités varient selon la zone d’affectation, mais elles sont peu stimulantes et inefficaces pour la rétention des enseignants dans les zones éloignées. Aussi, la Vision stratégique a préconisé d’accorder une attention particulière au personnel travaillant dans les zones difficiles et les régions éloignées (indemnités matérielles, logement, transport et autres services sociaux, équipement des structures scolaires, etc.). Les rémunérations des enseignants du secteur public au Maroc sont équivalentes à ceux des autres professions du secteur public dont le niveau de qualifications est comparable, exception faite des avantages sociaux offerts par les différentes entités publiques. Les salaires au primaire et ceux perçus au secondaire collégial sont approximativement identiques. Le salaire en début de carrière d’un enseignant au primaire et au secondaire collégial est respectivement de respectivement 4 768 dirhams et 4 973 dirhams de de 11 199 dirhams et de 11 299 dirhams au sommet de la carrière. Un enseignant au secondaire qualifiant perçoit en moyenne 5 774 dirhams en début de sa carrière et 13 747 dirhams en fin de sa carrière avec un coefficient multiplicateur de 2,38 entre le début et la fin de carrière, contre 2,35 et 2,27 respectivement pour le primaire et le collégial. Les salaires diffèrent légèrement selon les zones d’affectation.

On l’imagine les enseignants sont peu satisfaits de leurs salaires soit en raison du coût élevé de la vie, soit en rapport avec l’effort fourni, soit encore en comparaison avec les autres professions. En lien avec le déroulement de leurs carrières, ils souhaitent que l’avancement soit fondé sur le rendement tout en appelant à envisager la révision du plafond actuel des promotions. Les enseignants du secondaire collégial et qualifiant associent une bonne carrière, à la rémunération, à la reconnaissance, à la récompense des efforts, à un avancement souple et à des perspectives prometteuses. Au prisme de la comparaison internationale, le Maroc est le pays qui attribue le plus faible salaire en début de carrière aux enseignants du primaire.

À l’image de l’enseignant du primaire, les enseignants marocains du collège sont les moins payés en comparaison avec leurs confrères des autres pays de comparaison y compris les pays arabes (graphique 6). Un enseignant du collégial en début de sa carrière en Jordanie, au Liban, aux Émirats arabes unis ou au Qatar perçoit respectivement 1,16 fois, 1,14 fois, 5,75 et 13,55 fois plus que son homologue au Maroc. En conclusion, le chapitre VI admet que le système d’avancement dans la carrière d’un enseignant s’avère peu équitable dans la mesure où il ne permet pas de recomposer la performance. La carrière de l’enseignant évolue de manière linéaire en fonction de l’ancienneté́, tandis que la promotion agit uniquement sur la revalorisation du salaire et ne s’accompagne d’aucune responsabilité pédagogique.

Au Maroc, la dernière révision des salaires des enseignants remonte à 2003 dans le cadre du statut d’enseignant. L’une des promesses de campagne du Chef du gouvernement actuel, Aziz Akhannouch était de réussir le pari d’une école de qualité qui reposerait aussi sur une ambition pédagogique renforcée, la généralisation effective du préscolaire, et de proposer à chaque enfant des conditions d’accueil favorables à l’apprentissage, de l’école primaire, notamment dans le monde rural, à l’université, mais également revaloriser le métier d’enseignant, améliorer leur formation, augmenter leurs salaires en début de carrière à 7 500 dirhams mensuels nets et les accompagner durant tout leur parcours, en évaluant régulièrement leurs compétences et de développer une formation continue de qualité et un soutien pédagogique au profit du corps enseignant. Sommes-nous sur cette voie ?

Etude CSEFRS : Gestion de la carrière et rémunération de l’enseignant Hespress Français.

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