Etats-Unis : Le « sommet démocratique » qui fâche

Promesse de campagne à respecter, le sommet démocratique de Joe Biden a, dès la liste des 110 pays dévoilée sur le site du Département d’État américain, attiré des foudres de guerre. Parti pour être un sommet virtuel les 9 et 10 décembre 2021, il se veut, avec trois thématiques, défendre contre l’autoritarisme, s’attaquer à la corruption et la combattre et promouvoir le respect des droits de l’homme.

Le Département d’État américain indique que les dirigeants participants « seront encouragés à annoncer des actions et des engagements spécifiques » pour faire progresser les objectifs du sommet. Un second sommet que le gouvernement américain espère organiser en personne, et en présentiel est prévu un an plus tard. Cela étant le sommet du mois de décembre prochain devrait grouper les principaux alliés occidentaux des États-Unis, mais également l’Irak, l’Inde ou le Pakistan. La Chine n’est pas invitée, à la différence de Taïwan tout comme la Russie à la différence de l’Ukraine.

Sans surprise, Pékin a « fermement condamné », quant à la Russie elle a déclaré par la voix du porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, lors d’un point de presse téléphonique que « les États-Unis préfèrent créer de nouvelles lignes de division, diviser les pays en bons, selon eux, et mauvais, selon eux ».

Au Moyen-Orient, seuls Israël et l’Irak ont été conviés à cette réunion en ligne, organisée par le président américain les 9 et 10 décembre. Les alliés arabes traditionnels des Américains que sont l’Égypte, l’Arabie saoudite, la Jordanie, le Qatar, le Maroc ou les Émirats arabes unis sont également absents. Joe Biden a aussi invité le Brésil, du très controversé Jair Bolsonaro. En Europe, seule la Hongrie n’a pas été conviée. Côté africain, la République démocratique du Congo, le Kenya, l’Afrique du Sud, le Nigeria et le Niger font partie des 17 pays invités pour représenter le Continent.

Joe Biden dans son premier discours à l’ONU, promettait une ère nouvelle pour la diplomatie américaine. « Les États-Unis ne cherchent pas une nouvelle guerre froide », avait-il déclaré. Malheureusement, la politique étrangère de son administration a plutôt amené un accroissement des dangers de confrontation des États-Unis avec la Russie et la Chine à cause de l’Ukraine et Taïwan. Pour Pékin, « Taïwan n’a pas d’autre statut en droit international que celui de partie intégrante de la Chine ». Cela fait dire à des politologues de tous bords qu’en guise d’un sommet démocratique, c’est plutôt un sommet anti Chine et Russie que tente Joe Biden.

Hespress a sollicité Aziz Ghali président de l’Association marocaine des droits humains (AMDH), pour une lecture sur ce sommet dit de la démocratie. « Le sommet de Biden suscite nombre de débats, même au sein de son propre camp parmi les Démocrates eux-mêmes. Ils sont partagés quant à leurs avis. Par exemple, le groupe de Bennie Sanders qui chapeaute l’agenda des Droits de l’Homme voit cet évènement du mauvais œil disant en cela que Biden aurait dû prendre d’abord des mesures à l’encontre des pays contrevenants au respect des droits de l’homme avant d’engager ce sommet.

Passant au sujet qui fâche à savoir la non-participation du Maroc en particulier et des pays arabes et africains en général, Aziz Ghali considère que ces régions ne sont pas des priorités pour le président américain “La tournée africaine d’Anthony Blinken, qui n’a été qu’au Kenya, au Nigéria et au Sénégal, démontre ce que la région MENA n’est pas une priorité pour les États-Unis”.

Et de poursuivre “On peut dire aussi que Biden ne veut pas froisser les pays de ces régions puisqu’il est en train de définir les politiques quant au relationnel bilatéral à venir avec les puissances régionales. L’Égypte est un bel exemple de comment concevoir des discussions stratégiques sans aborder les questions des droits humains ? Il en est de même pour le Maroc ou la Tunisie. On l’a vu avec la réunion sur les DH entre le Royaume et les USA, c’est d’ailleurs l’aile progressiste des Démocrates qui avait soulevé ces points. Juste après d’ailleurs il y a eu une lettre en ce sens signée par des sénateurs américains. Biden épargne des pays sachant que cet évènement concernera à priori la Chine et la Russie ainsi que des pays avec lesquels les États-Unis sont en conflit”.

Quant à Adil Tchikito, ancien député istiqlalien et président de la ligue marocaine pour la défense des droits humains (LMDDH), il dira à Hespress : “À travers ce sommet démocratique, les États-Unis ont ignoré un certain nombre de pays, dont pratiquement tous les pays arabes — excepté l’Irak —, pour deux raisons. La première entre dans le cadre de la définition américaine des pays démocratiques et des non démocratiques en fonction des données que possèdent les États-Unis au sujet de ces pays et en particulier les relations qui les lient, ainsi que de la gouvernance de certains régimes (élections, droits et libertés bafoués, etc.) à l’instar de la Tunisie qui était considérée comme un exemple de démocratie et qui a dérivé ces derniers mois. La seconde raison a trait à la remise en cause de certaines valeurs démocratiques et des nouvelles positions politiques vis-à-vis des deux puissances rivales, la Chine et la Russie voire même la Turquie. On actera des contradictions avec la politique américaine comme la convocation de Taïwan que les USA ne reconnaissent pas en tant qu’État. Bref, on peut s’interroger quant à la présence d’un certain nombre de pays”.

Adil Tchikito dira quant à la non-participation du Maroc : “Des questions se posent ‘est-ce que les États-Unis qui considèrent le Maroc comme un État ami, partenaire et allié, réévaluent ces accords et liens avec le Royaume ? Est-ce le début de la fin des relations historiques et stratégiques entre le Maroc et les États-Unis ? C’est une contradiction dans les nombreux liens qui unissent les deux pays, et particulièrement ceux militaires. Comme vendre de l’armement à un allié que l’on ne considère pas comme un pays démocratique ? C’est une contradiction politique alors qu’accords, aide, partenariat et soutien sont là bel et bien concrets. Mais on y verra plus clair à l’issue du sommet démocratique quand on saura de quoi il en conte ».

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