Ghali Gate: Comment Laya a ruiné sa carrière et menacé la politique étrangère de l’Espagne

L’ancienne ministre espagnole des Affaires étrangères a mis en péril sa carrière pour un tortionnaire qui a l’habitude de jouer avec la légalité. L’affaire de l’entrée illégale du chef des milices séparatistes du polisario, révèle comment l’Espagne s’est fait prendre à son propre jeu. Le dossier du Sahara est au centre de cette affaire.

L’affaire de Brahim Ghali finalement n’a pas servi les intérêts de Madrid, au contraire, elle a révélé au grand jour un jeu caché entre l’Espagne et l’Algérie, et a créé une crise diplomatique majeure avec le Maroc, une rupture de confiance. Pour la rétablir, Madrid devra faire beaucoup d’efforts.

L’Algérie tire-t-elle son épingle du jeu ?

Si cette affaire a profité à une partie, c’est bien à l’Algérie qui a tiré son épingle du jeu, en envoyant Brahim Ghali en douce en Espagne et en laissant ce pays se dépatouiller avec la lourde charge que revêt d’accueillir en cachette, un homme accusé entre autres de génocide, viol, détention illégale et torture. Un homme qui plus est, dirige toujours les milices qui accusées de ces graves violations des droits de l’homme.

Alors que l’Algérie apparait comme l’acteur qui s’en est sorti avec les moindres dégâts, en réalité, la révélation au grand public de cette alliance avec ce qu’elle comporte comme illégalité, falsification de pièces d’identité, octroi de faux passeports diplomatiques, et orchestration de cette opération pour le compte d’un leader de milice séparatiste, démontre encore une fois, que s’il y a un réel interlocuteur dans l’affaire du Sahara, c’est bien l’Algérie et non pas le polisario.

L’Algérie a grincé des dents à la révélation de l’affaire, a jubilé en voyant les relations Maroc-Espagne se détériorer, avant de dépérir devant le scandale qui lui a éclaté au visage.

L’Espagne dans l’embarras

Pour ce qui est de l’Espagne, malheureusement, à cause de cette affaire, sa politique étrangère vis-à-vis du Sahara a quelque peu été révélée au grand jour. Et d’après les éléments dont on dispose, il apparait qu’il y a un soutien pour l’Algérie, et les milices séparatistes, jusqu’à preuve du contraire.

Début octobre, l’ancienne ministre espagnole des Affaires Etrangères, Arancha Laya Gonzalez, inculpée dans l’affaire de l’accueil de Brahim Ghali, a admis devant la justice que son accueil était une décision « politique » de l’Espagne (elle avait avancé une décision humanitaire au début, ndlr) et qu’elle ne pouvait révéler les détails de l’affaire parce que cela pourrait « exposer une partie très grave » de la politique étrangère espagnole.

Et d’ajouter que le secret de cette opération s’explique par les relations conflictuelles entre Rabat et Alger. Sans le dire, l’ancienne ministre a déjà tout dit, d’autant plus qu’on se rappelle que l’Espagne a été le premier pays à aller se plaindre à l’administration Biden de la reconnaissance de la souveraineté du Maroc sur le Sahara par l’ancienne administration.

Les déclarations du chef du gouvernement espagnol Pedro Sanchez qui affirmait fin mai, que le Maroc n’a pas de meilleur ou de plus grand allié que l’Espagne au sein de l’Union européenne, doit être suivie d’actes concrets et pas seulement de paroles en l’air.

Même si les relations entre Rabat et Madrid se sont réchauffées, la crise n’est toujours pas oubliée et le Maroc va rééquilibrer ses relations avec son voisin du nord, en témoigne l’aide de 30 millions d’euros qui a été refusée. Une prochaine réunion Maroc-Espagne est prévue, elle déterminera la volonté de Madrid à solidifier ses relations avec Rabat.

Une carrière ruinée pour un faussaire

Toute cette affaire, née d’un deal entre le chef du gouvernement espagnol Pedro Sanchez et le président algérien Abdelmadjid Tebboune, a véritablement mis l’Espagne en difficulté. Elle a surtout coûté sa place à Arancha Gonzalez Laya, tombée en disgrâce.

A cause de Brahim Ghali, mais aussi à cause de la politique permissive et complaisante de l’Espagne vis-à-vis des séparatistes sahraouis, la réputation de l’ancienne ministre Laya est désormais grillée.

Arancha Gonzalez Laya a menti et orchestré une opération digne d’un film d’espionnage pour un homme ayant commis les pires crimes possibles et imaginables, pour servir les intérêts de l’Algérie et même pas de son pays, parce qu’au final, Alger aura toujours besoin des euros espagnols pour son gaz et pétrole, et l’Espagne ne pourra ni re-coloniser le Sahara ni réussir à installer un faux Etat dans ce territoire.

Résultat des courses, l’ancienne ministre paye le prix fort pour avoir protégé et caché l’identité de Ghali, lui avoir permis d’entrer en Espagne sans passer les contrôles d’identité et douaniers, d’utiliser une fausse identité pendant les 46 jours où il s’est trouvé en Espagne, et in fine, lui a permis d’échapper à des plaintes pour « crimes contre l’humanité » en cours depuis 2008 puisque le juge en charge de l’affaire a archivé les plaintes.

Pourtant, il aurait été plus simple qu’elle fasse entrer Brahim Ghali avec sa carte d’identité espagnole, car ce dernier détient la nationalité espagnole depuis 2006. L’ignorait-t-elle ? Les raisons pour lesquelles l’Espagne a délivré à cet homme cette nationalité restent inconnues, mais il est quand même regrettable de voir les effets de cette affaire alors qu’il pouvait entrer en Espagne légalement.

Mais là encore, le problème des affaires pour « génocide » qui lui sont attribuées aurait surgi au contrôle d’identité, même si ce dernier a réussi à entrer en Espagne en 2016 pour renouveler son DNI alors qu’il était poursuivi. Comment cela a-t-il pu se produire ?

A cause de sa politique complaisante et aussi illégale vis-à-vis des membres du polisario, l’affaire de l’accueil de Brahim Ghali en tant que Mohamed Benbattouche, a révélé les failles de Madrid qui permet à des séparatistes de se promener en Espagne sous de fausses identités et d’échapper à la justice.

La question qui se pose c’est comment se fait-il que Brahim Ghali existe en Espagne au moins sous deux identités, l’une en tant que résident étranger depuis les années 90, et l’autre en tant que citoyen espagnol. Et dans les deux cas, le nom n’est pas le même, son lieu et sa date de naissance sont différents. Cela, sans compter la fausse identité de Mohamed Benbattouche utilisée pour ses soins en Espagne, et celle de Abdella Mohamed utilisée en Algérie.

Ghali Gate: Comment Laya a ruiné sa carrière et menacé la politique étrangère de l’Espagne Hespress Français.

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