Abdelaziz Bouteflika, grandeur et décadence, a tiré sa révérence

Abdelaziz Bouteflika,  cet homme qui idolâtrait le pouvoir aura régné 20 ans durant de main mi-fer mi- raison suivant les principes d’un libéralisme conservateur soviétique pour ne pas dire boumediénisme dont l’idéologie sanguinaire dépassait et de loin. C’est que le défunt décédé en cette nuit (22 heures) de vendredi 17 septembre 2021 aura été trop proche de son mentor Boumediene pour ne pas s’imprégner de sa doctrine.

Barré du chemin de la présidence par l’armée à la mort du chef du clan d’Oujda décédé de la maladie , le fils putatif de Boumediene ne sera son malheureusement pas successeur légitime. L’armée lui préfère le colonel Chadli Bendjedid qu’elle considère plus malléable. En effet, quelques semaines après l’adieu à leur chef, un groupe de hauts officiers se réunit pour désigner dernier comme successeur de Boumediene. Bouteflika de ses ennuis avec le nouveau pouvoir s’exile en 1981 en France, puis en France et aux Émirats arabes unis six ans durant. En 1987 de retour à Alger, il entre au comité central du FLN et négocie, le poste de président que lui offre l’armée en 1995, qui cherche à placer un « politique » à la présidence pour reconstruire un pouvoir civil en déliquescence depuis le départ de Chadli et l’assassinat de Boudiaf.

Il l’acceptera  qu’en 1998, car Algérie est en pleine guerre civile avec les islamistes. Il faut y mettre fin. Bouteflika décide d’accepter la présidence que lui proposent de nouveau les militaires, politiquement aux abois. Le 15 avril 1999, il est “élu“ à la tête du pays. Sa feuille de route ? Ramener la paix et réconcilier les Algériens. Il y parvient, et la population lui en est reconnaissante, après plus de 200 000 morts. Cependant, l’amnistie qu’il propose, y compris aux islamistes armés qui ne seront pas jugés, passe mal dans une partie du pays. Bouteflika, premier président civil de l’Algérie indépendante, a un autre rêve : renvoyer l’armée dans ses casernes, lui faire abandonner totalement la politique. Il va y parvenir en partie, mettant un fidèle à la tête de l’état-major.

Mais les services de renseignements, la puissante Direction de la recherche et de la sécurité (DRS) dirigée alors par le général Mediène, alias Toufik, lui tiendra longtemps, tête. Ce n’est qu‘en  septembre 2015 qu’il obtiendra le départ à la retraite du général par Saïd Bouteflika interposé. Aujourd’hui Taoufik est revenu à ses affaires par la grande porte. Merci à qui ? à Chengriha pardi !  Entretemps en avril 2013, c’est au Val de Grâce que ce bon Boutef est amené d’urgence après un AVC. Bouteflika ne s’en remettra jamais complétement, devenu légume il laissera l’Algérie orpheline. De ses faits d’armes d’ordre politique il aura obtenu par référendum la suppression d’un article de loi qui ne prévoit que deux mandats consécutifs à la tête de l’État. Du coup il est réélu en avril 2009 et cinq ans plus tard à 81,53%, alors qu’il est impotent et pratiquement  invisible. Élu pour la première fois en 1999, il a été constamment réélu au premier tour avec plus de 80 % des voix en 2004, 2009 et 2014. Le cinquième mandat qui lui semblait pourtant tout acquis aux yeux du régime, lui aura cependant, échappé volonté du peuple oblige.

Sa fin de règne sera marquée par des scandales politico-financiers tandis que les querelles de sérail éclatent pour la succession que semble briguer – entre autres – son frère cadet, Saïd Bouteflika.  C’est la rue algérienne déterminée qui finira par avoir raison de celui qui dans la postérité de l’image est un légume accroché au pouvoir jusqu’à sa destitution en avril 2019.  Avant cette déchéance, il a été donné plusieurs fois pour mort aussi bien physiquement que politiquement. Il résistera grâce à son sens du calcul lui ayant permis, à chaque fois, de revenir. L’éternité n’existant pas ici-bas, seuls quelques systèmes peuvent parfois perdurer. Malheureusement en Algérie ce consensus rentier et autoritaire qui s’adosse à une société brimée, gagne toujours à la fin. En Algérie on a déjà classé l’affaire “Boutef“ avec « le décès de l’ancien président, le Moudjahid (combattant de l’indépendance) Abdelaziz Bouteflika », selon un communiqué de la présidence. La mise en berne des drapeaux trois jours durant, suffira amplement pour passer outre les outrances de plus de vingt ans de règne du natif d’Oujda.

Et même si Bouteflika est considéré comme l’artisan de la réconciliation nationale qui a permis de rétablir la paix en Algérie, plongée dans la guerre civile depuis 1992 contre une guérilla islamiste qui a fait quelque 200 000 morts en dix ans, il n’en demeurera pas qu’il aura failli à son devoir envers l’Algérie. Abdelaziz Bouteflika sera inhumé dimanche au carré des martyrs du cimetière d’El Alia, à l’est d’Alger, où reposent tous ses prédécesseurs.

Abdelaziz Bouteflika, grandeur et décadence, a tiré sa révérence Hespress Français.

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