Gouvernement : Pourquoi la future coalition ne pourra pas supporter le PI et le PAM à la fois ?

Arithmétiquement, la formation du gouvernement s’avère facile avec plusieurs scénarii possibles. Le Chef du gouvernement désigné, Aziz Akhannouch, a toute la latitude de choisir avec qui il va partager les gouvernails du navire gouvernemental, sauf qu’il va devoir choisir entre le PAM et l’Istiqlal. Pourquoi ?

Le Roi Mohammed VI a chargé, ce vendredi 10 septembre, le Président du Rassemblement national des indépendants (RNI), Aziz Akhannouch, de former le gouvernement. Celui-ci n’a pas tardé à déclarer que les tractations ont bel et bien commencé.

« Nous allons engager, à partir de ce jour, des consultations avec les partis, avec lesquels nous serons en accord dans le futur, pour la formation d’une majorité cohérente, homogène et porteuse de programmes convergents», a assuré Akhannouch juste après l’audience que lui a accordée le Souverain.

Le marathon d’Akhannouch devrait commencer par la consultation, comme le veut la tradition, du deuxième parti aux élections à savoir le Parti Authenticité et Modernité (PAM), suivi du Parti de l’Istiqlal (PI).

Si l’on se tient aux résultats du scrutin du 8 septembre, on s’aperçoit que les trois premiers partis pourraient à eux seuls constituer une majorité (198 sièges requis) on ne peut plus confortable avec 269 sièges (102+87+81). Sauf que cette possibilité nous conduira à un champ politique avec une opposition éparpillée comprenant l’USFP (34 sièges), le MP (28), le PPS (22), l’UC (18), le PJD (13), le MDS 5 et le FFD (3),  la FGD  (2) et le PSU avec un seul siège.

Cette configuration demeure peu ou pas du tout vraisemblable du point de vue du spécialiste du droit constitutionnel et des institutions politiques, Abdelhafid Adminou.

Le casse tête de la formation du gouvernement

« Malgré le fait que la possibilité de tisser des alliances s’avère facile à l’aune des résultats parce qu’il suffit pour le Chef du gouvernement de créer une coalition avec les quatre premiers et avoir une majorité confortable –même l’un des deux suiveurs à savoir le PI ou le PAM part à l’opposition cela va permettre de constituer une majorité plus confortable arithmétiquement– le scénario le plus plausible exclut ou le deuxième ou le troisième parti », nous a expliqué Abdelhafid Adminou.

Le professeur de droit à la faculté des sciences juridiques Souissi-Rabat assure que dans le cas où le PI et le PAM entrent tous les deux au gouvernement « on aura une absence claire de l’opposition parlementaire ».

« Il est inconcevable de voir une démocratie ou un système parlementaire sans une forte opposition », a-t-il  mis en exergue.

« Je ne crois pas que le Mouvement populaire (MP) ou l’Union constitutionnelle (UC) ont la capacité de plaidoyer pour les questions fondamentales et ainsi constituer une vraie opposition surtout que le PJD ne pourra même pas constituer un groupe parlementaire et n’aura qu’un groupement parlementaire », a-t-il soutenu, en faisant observer « que le règlement intérieur de la Chambre des représentants ne donne pas au groupement de grandes possibilités pour s’exprimer, etc. »

Ainsi, l’un des deux partis de l’opposition (la Balance ou le Tracteur) va y rester. Pour Adminou, les divergences en termes de programmes électoraux peuvent être déterminants.

Les points de discorde

Dans ce sillage, il a rappelé que le Président du RNI a affirmé dans une déclaration juste après l’annonce des résultats que « les alliances seront scellées sur la base du programme du RNI » qui comprend, rappelons-le, 5 engagements et 25 mesures, dont la création d’un million d’emplois, une aide directe de 1.000 dirhams pour tous les Marocains de 65 ans et plus et 300 dirhams pour chaque élève inscrit à l’école dans la limite de 3 enfants par famille, etc.

« Je crois qu’il y aura une certaine flexibilité étant donné que les partis dans leur globalité ont fondé leurs programmes sur le rapport de la Commission sur le nouveau modèle de développement (NMD). Mais, cela n’empêche qu’il va y avoir des questions pouvant constituer des points de discorde notamment le référentiel défendu pour tout un chacun », a relevé Adminou.

S’agissant des points de discorde avec l’Istiqlal, le spécialiste des institutions politiques met en lumière les divergences idéologiques entre un RNI libéral démocrate et un PI qui a pointé du doigt les « choix néolibéraux » de la majorité sortante.

« Nous avons suivi les critiques adressées au gouvernement, notamment, dans les communiqués de la commission exécutive et dans les déclarations du secrétaire général qui remettent en cause les choix libéraux encourageant les grandes entreprises au détriment des petites et moyennes entreprises et des classes populaires », rappelle Adminou en avançant qu’ « en matière de programme, il est attendu que le RNI continue de mener une politique libérale ».

Pour lui, les deux forces politiques peuvent s’accorder sur l’aide directe (qui fait partie de leurs programmes respectifs, mais aussi de l’agenda royal Ndlr). « Le changement qui a eu lieu a trait avec l’aide directe. J’imagine que celle-ci sera aujourd’hui cadrée par les règles en relation avec le registre social (la loi relative au registre social a imposé certaines normes qui vont être complétées par des décrets d’application, etc.) », a-t-il précisé.

Les bévues d’Ouahbi !

En ce qui concerne le PAM, notre analyste explique qu’excepté l’aide directe aux ménages, « il y a d’autres points de convergences avec le PAM en termes de programmes électoraux ». Sauf que, nuance-t-il, la relation entre le RNI et le PAM connait des tensions du moins entre le Président Aziz Akhannouch et le SG Abdellatif Ouahbi.

Interpelé à ce propos sur le message de félicitation d’Ouahbi à Akhannouch, Adminou affirme que « cette félicitation pourrait avoir une autre lecture : nous sommes entré dans une course pour la première place donc je ne peux pas entrer avec toi alors que je suis en seconde position ».

Selon notre analyste politique, les deux parties auront du mal à dépasser leurs divergences et pour cause. « Les déclarations d’Ouahbi à la MAP, à l’AFP et sur la chaîne Al Ouala dans lesquelles il dit : Je ne sais pas que veut Ssi Aziz ! Voudrait-il qu’on travaille avec lui ou pour lui », a-t-il rappelé en soulignant qu’outre les divergences en matière de programmes, il y a ces éléments d’ordre personnel qui ont leur importance dans l’explication des alliances.

«S’ils entrent tous les deux, on n’aura pas une opposition. Qui va constituer la relève demain ? Que vont choisir les citoyens lors des prochaines élections ? », s’interroge Adminou.

À ce propos, il a pronostiqué que la majorité en constitution aura une certaine solidarité gouvernementale et cherchera un partage de la responsabilité en insistant sur la responsabilité commune entre les partis de la coalition dans la charte de la majorité.

« Je ne crois pas qu’on aura des tensions à l’image de celles qui régnaient au sein de la majorité sortante entre le RNI et le PJD », a-t-il dit admettant que la constitution d’un gouvernement ramassé conduira à une opposition affaiblie.

Dans ce cas de figure, « la crainte serait de voir émerger une opposition non institutionnelle. Peut-être la rue aura son mot, peut-être des instances ou des organisations comme la Jamaâ (Justice et Bienfaisance), etc. », affiche le politologue.

Adminou s’attend, par ailleurs, à ce que l’Union socialiste des forces populaires (USFP) entre dans le gouvernement.  «L’USFP, s’il acte l’abandon de son référentiel socialiste, il peut participer. Et si l’UC entre le MP aussi va entrer », a-t-il pronostiqué en concluant que « les affaires personnelles et des ressentis vont trancher dans la formation du gouvernement en cours ».

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