Elections 2021 : Les raisons d’échec de la campagne électorale 2.0

La campagne électorale pour les élections générales 2021 a été marquée par la pandémie du Covid-19 et les mesures préventives qui l’accompagnent. Les partis politiques en lice pour les élections devaient donc se tourner vers l’espace qui rassemble petits et grands, à savoir les réseaux sociaux.

Comment s’est passée cette campagne électorale 2.0 ? Comment les citoyens ont interagi avec les contenus des partis sur les réseaux sociaux en particulier, et l’ensemble des contenus (vidéos, trolls …) sur les RS de manière générale ? Autant de questions que Said Bennis, Professeur de sociologie à l’Université Mohammed V de Rabat, a soulevées dans une analyse sur cette « campagne virtuelle« .

Si l’espace virtuel était entre autres complémentaire pour les partis politiques lors des élections de 2011 et 2015, il est apparu pour les élections générales 2021 comme l’espace de base pour la campagne électorale à la lumière de la pandémie du Covid-19, relève dans un premier temps le sociologue.

« En revenant aux élections de 2011, on peut rappeler que la campagne virtuelle a représenté un nouveau virage dans la communication électorale. Le contexte du discours politique étant passé d’un système idéologique à un système médiatique numérique, à travers le film dit institutionnel, fondé sur l’interrogation de certains citoyens et la réponse à leurs questions dans une bande de 10 minutes maximum. D’autre part, les élections de 2015 ont été caractérisées par une large utilisation des sites de réseaux sociaux (Facebook, Twitter, YouTube, Flickr et blogs), notamment à travers la création des sites officiels des partis dans le but de présenter leurs  programmes et leurs candidats pour les élections communales et régionales, et répondre rapidement et directement aux opposants politiques« , explique Said Benni.

En comparaison avec la campagne virtuelle qui a accompagné les élections législatives de 2011 et les élections communales et régionales de 2015, l’interaction virtuelle a été soutenue lors des élections de 2021, en plus du cadre partisan collectif (film institutionnel) et du site officiel avec une maquette et un cadre individuel dans lequel l’accent était mis sur un type de communication personnalisée basée sur des récits courts en créant des comptes sur Facebook Twitter et WhatsApp par les candidats,  outre les publicités « Sponsorisées » pour ajuster la sémiotique de l’image personnelle à travers une courte vidéo pour présenter le candidat(e), analyse Said Bennis.

À leur tour, les sites officiels des partis ont créé un espace parallèle de dialogue civil sur les élections en présentant des candidats masculins et féminins, en présentant les éléments des programmes électoraux et en soulevant la question de la participation ou du boycott poursuit-il. Les scènes hypothétiques se sont parfois traduites par des violences symboliques qui s’étendaient jusqu’à des échanges d’insultes et d’accusations entre sympathisants du parti, fait encore noter le sociologue.

Autre constat soulevé par Bennis lors de cette campagne électorale 2.0, c’est les « déséquilibres caractérisés par une carence rhétorique et linguistique et une violence symbolique caractérisée par un discours populiste excessif et l’utilisation d’un format linguistique et verbal offensant dirigé contre la personne du concurrent politique par l’échange d’insultes et d’accusations et non en discutant et en débâtant les programmes électoraux« .

Ce phénomène, poursuit Pr Said Benni,  » pose le problème de la coexistence et de la délibération entre les acteurs des campagnes virtuelles. Dans ce sans, le débat est passé d’un débat sur les réalisations et programmes législatifs, locaux et régionaux à un débat sur les valeurs sociétales telles que l’honnêteté, la loyauté et l’engagement, ce qui a donné suite à une faible attractivité politique sur les réseaux sociaux et une dépendance à l’égard de la responsabilité pour les pratiques et l’éthique, pas pour les réalisations.

Raison pour laquelle, dit-il, pendant la campagne électorale virtuelle, des photos et des vidéos de dirigeants, candidats et candidates aux élections ont été largement partagés sur les réseaux montrant une certaine coexistence avec des groupes sociaux loin de leur milieu social, tels que les marchands ambulants, les habitants des quartiers populaires, les gardiens de voitures, les rassemblements de jeunes explique le sociologue.

Pour Said Bennis, cette immersion sociale préprogrammée est capturée a pour but d’être présentée au public de Facebook, Twitter et WhatsApp dans l’optique de les attirer à voter en faveur du parti et de ses candidats.

Cependant, soutient-il, les réactions n’ont pas toujours été positives mais entrecoupées d’émotions collectives contre certains candidats qui ont parfois conduit à des insultes, des violences rhétoriques et des blocages de route accompagnés de slogans tels que « va t’en »,  » tu es un voleur« , « menteur« , « où étais-tu » depuis 10 ans …

Une campagne virtuelle sans grande créativité

Les contenus de la campagne papier et de la campagne virtuelle des partis politiques pour les élections 2021 soient semblables, estime Pr Said Bennis qui n’y voit pas de créativité ou de concurrence analogique au niveau de la présentation des candidats, des programmes et des idées politiques, en particulier celles procédurales qui visent à gérer ou encore la théorie qui cherche à consacrer des concepts tels que la participation citoyenne ou la bonne gouvernance malgré l’abondance des programmes et outils numériques.

Par conséquent, les contenus virtuels étaient similaires et répétés, poursuit le sociologie, ce qui a poussé le citoyen  virtuel a ne pas faire la distinction entre les programmes et les spécificités des partis candidats aux élections.

Autre constat du Pr Said Bennis, « l’adoption par les sites web de la transmission en direct et indirecte des mouvements des candidats, ce qui a donné au contenu analogique la couleur du Show, et conduit à la transformation des utilisateurs de Facebook, Twitter, YouTube et WhatsApp d’électeurs potentiels en téléspectateurs et spectateurs« .

Dans ce sens, le sociologue revient sur les récentes statistiques qui ont montré un grand écart entre les partis à travers l’indice d’interaction tel que publié par Facebook sur l’interaction totale des Marocains sur les pages officielles des partis sur la plateforme au cours de la semaine dernière.

Ainsi, il en ressort que le Rassemblement national des indépendants (RNI) est en tête de liste des partis avec qui le public a interagi sur Facebook avec 325.000 interactions, suivi de l’Union Constitutionnelle(UC)  83.000 interactions, le Parti Authenticité et Modernité (PAM)  79.000 interactions, l’Union Socialiste des Forces populaires (USFP) 63.000 interactions et enfin le Mouvement populaire avec 43.000 interactions.

Il semble qu’il n’y ait aucune indication sur l’effet de l’emprunt de communication des partis sur la nature et la qualité des discours en raison du manque d’innovation et de créativité au niveau du contenu virtuel, de sa superficialité et de ses stéréotypes (promesses et espoirs futurs), fait observerPr Bennis.

Aussi, la campagne électorale dans le monde virtuel, poursuit-il, n’a rien apporté de nouveau en termes d’identité des partis, tant les discours étaient similaires et brouillés dans l’argot, et les mots clés tels que justice sociale, dignité, égalité et lutte contre la corruption étaient exagérés.

Si l’objectif de la campagne virtuelle, souligne Pr Said Bennis, est de créer une communication attractive pour persuader les jeunes et les utilisateurs des réseaux sociaux de participer à la politique à travers une participation consciente pour choisir leurs candidats qui répondent à leurs aspirations législatives, régionales et locales, les interactions qui en ont résulté des campagnes électorales ont révélé des déséquilibres et des lacunes qui ont entraîné un état de fragmentation de la communication qui a entraîné en même temps, l’apathie et l’aversion parallèlement à une censure analogique de certains contenus virtuels, logos, structures et sorties médiatiques.

Parmi les conclusions possibles sur la campagne électorale 2.0, le sociologue en cite plusieurs, mais sans se limiter à ceux-là uniquement. Pr Said Bennis relève ainsi l’absence du côté analogique dans le débat observé lors de la campagne virtuelle notamment sur les enjeux des programmes alternatifs et leur efficacité, en contraste avec l’exagération des émotions personnalisées et des réactions d’humeur.

La stratégie de communication 2.0 pour la majorité des partis politiques reste selon le sociologue une stratégie plate, vu qu’ils n’ont pas sollicité l’aide d’agences spécialisées pour la communication, considérant ainsi que la campagne virtuelle n’a pas d’impact sur les enjeux législatifs, régionaux et locaux.

De même, Pr Bennis considère que la majorité des partis politiques n’ont pas compris que le monde virtuel est un monde qui attire une large frange de citoyens, et que l’adoption d’anciennes méthodes telles que les bannières, publications et publicités constitue un échec de la nouvelle logique de la campagne virtuelle.

Il estime également que la campagne électorale virtuelle nécessite une formation approfondie et continue des élites politiques aux méthodes analogiques pour pouvoir convaincre et commercialiser leur projet politique dans le langage et la logique du public du monde virtuel et à partir d’une matrice de nouvelles valeurs ​lié à la logique de communication, l’organisation des sorties virtuelles et enfin la construction de la circulation analogique.

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