Au Raja on ne « francise » plus ! guère

Au Raja de Casablanca, dans une logique d’évolution graduelle et continuelle vers l’universalité, on a décidé de se ranger du côté de l’anglophonie. Eh oui ! les dirigeants de Dima Dima Raja, ce club de football si emblématique et tout autant populaire, communiquent depuis une belle lurette, avec leurs supporters dans la langue de Shakespeare, n’en déplaise à la rive Rouge, d’en face à l’Oasis.

Mais, qu’on se le dise ! pour autant que cette option puisse paraitre tel un crève-cœur, à travers la place dédiée, aux maigres extraits réservés à la langue de Molière, elle n’entre pas dans le cadre de la rivalité éternelle des meilleurs ennemis casablancais. Chez les Verts c’est un choix que de communiquer sur les réseaux sociaux en anglais et en arabe et cela se respecte. Cela, du reste, n’est pas un fait nouveau, cette logique s’est installée voilà un peu plus de quatre ans. Cela s’est fait, au constat « de supporters échangeant entre eux, majoritairement, en anglais et en arabe ». Histoire de ne point perdre le fil de cette évolution avec les fans de leur club, les dirigeants rajaouis, en y voyant une langue des affaires, de l’international et d’Internet s’y mirent également. C’est aussi simple que juste.

Mais le Raja, bien au-delà du foot, a toujours été précurseur d’actions et d’idées ouvrant la voie à des mouvements historiques, économico-sociaux-culturels à même d’améliorer le quotidien des Marocains. À travers ce fait, tout à fait anecdotique, qu’est ce moyen de communication entre dirigeants et fans, le Club en faisant le buzz, une fois de plus, dirait-on, soulève, mine de rien, la question de la place des langues française et anglaise dans le cœur des citoyens dans le Royaume. Oh ! il n’y a pas encore photo, la francophonie l’emporte toujours. Mais quitte à déformer l’expression  courte tête, force est de constater qu’elle se fait de plus en plus courte au fil des ans.

Et si l’anglais prend plus d’ampleur au Maroc pourtant un pays assidu à la francophonie c’est que les Marocains considèrent, cette langue plus adaptée à leur quotidien et aux nouvelles technologies dont le Royaume se nourrit, de plus en plus et par conséquent attirent nombreux futuristes qui du coup néglige la troisième langue parlée au bled après l’arabe et le berbère. Les temps modernes ne sont plus à la littérature du “Grand Meaulnes“  mais bel et bien  à « Today, the language of new technologies have become ubiquitous » et dont la langue de Molière se fiche éperdument, mais que les anglophones plus hardis développent à leur corps défendant. Avec réussite on va dire, puisque dans le Royaume  de plus en plus d’enfants du peuple s’y mettent.

Vu d’ici, l’anglais est plus aisé à apprendre en plus d’être adapté aux ambitions du Maroc. Il y a de cela moins d’un semestre, une étude menée par le British Council démontrait que l’écrasante majorité de nos jeunes considéraient l’anglais comme une langue vitale pour leur avenir et celui du pays d’autant plus, en ces temps où Dame Covid sévit.

Le magazine le Point.fr fait d’ailleurs référence à l’idée quand il annonce que « la raison d’apprendre l’anglais a vu le jour à la faveur de la crise sanitaire : la recherche d’informations. Selon une étude du British Council au Maroc , les recherches sur la pandémie de Covid ont poussé une grande masse de jeunes Marocains à se tourner vers l’anglais. Les occurrences sur la crise sont plus nombreuses en anglais, donc plus intéressantes pour un public jeune, avide de plus d’interactions sociales sur les plateformes de médias sociaux (Facebook, Twitter, Instagram) ou de loisirs (Netflix, Amazon, Disney). Les chiffres sur cette régression sont très souvent des estimations peu précises. L’allégeance des supporteurs et des dirigeants du Raja à la langue anglaise offre un moyen d’évaluer en grandeur nature l’inexorable recul du français au cœur d’une « francophonie » que la crise sanitaire n’a pas arrangé ». On ne peut mieux dire.

Dans un autre volet, au demeurant très intéressant, on rejoint clairement la thèse du mépris à l’égard de la langue française, au regard du ressenti des supporters du Raja, mais que l’on adapterait volontiers à la jeunesse marocaine, qui considèrent selon l’étude précitée qu’il est reconnu que l’anglais est une langue internationale, de la science, des affaires, de l’Internet et surtout du futur. British Council selon ses approches avance que 65% des Marocains considèrent l’anglais comme étant une langue très importante et 62% pensent la même chose de l’arabe, tandis qu’à peine 47% jugent le français comme étant une langue importante.

Le ressenti par rapport à la langue française au Maroc est un lien de confiance devenu moribond au fur et à mesure des évènements communs et du temps partagés, que d’aucuns ici-bas, pensent à reconsidérer fortement. Le français, mis à part l’élite l’utilisant est devenu la langue des nantis et par conséquent pour le petit ou peuple tout court, celle du rejet. D’ailleurs, il n’est pas que la langue anglaise qui lui fait de l’ombre, celle espagnole n’a rien à lui envier et de plus en plus de Marocains y incitent leurs marmailles, tout comme l’Italienne qui reste ancrée dans les cœurs. On ne dirait pas autant de l’Allemande, qui nécessite un chewing-gum avant que de la parler, mais à moindre égard elle reste appréciée.  À bon entendeur Dima Raja !

Au Raja on ne « francise » plus ! guère Hespress Français.

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